L’élément perturbateur

22 11 2010

Il est des pilotes dans l’histoire de la Formule 1 qui marquent ce sport non pas grâce à leurs performances en piste, mais plutôt par leur capacité à se trouver au cœur de l’action au meilleur moment. Vitaly Petrov en a fait l’expérience cette année tout comme l’avait fait Timo Glock en 2008.

Fernando Alonso se souviendra longtemps de cette fin de saison et de cette ultime course de 2010. Ayant quasiment le titre en poche, le pilote Ferrari, bien mal aidé par une stratégie défaillante de son écurie, la mythique Scuderia Ferrari, allait se retrouver coincé derrière une monoplace jaune, la Renault, conduite par une jeune pilote russe avide de prouver à ses patrons son potentiel entrevu partiellement durant l’année.

Vitaly Petrov, pour ne pas le nommer, a sûrement augmenté ses chances de conserver son baquet la saison prochaine en tenant tête au double champion du monde espagnol. Ce dernier, ibérique au sang chaud, lui a fait connaitre sa déception d’avoir perdu le titre et sa façon de penser une fois la ligne d’arrivée coupée en maugréant toute sa rancœur à grand coup de poings fermés battant le ciel obscur d’Abu Dhabi. Heureusement que les deux pilotes étaient encore casqués et harnachés derrière leur volant sinon le spectacle en aurait été très différent et bien plus affligeant.

Car enfin, que peut on reprocher de censé à Petrov ? Certes, Alonso se battait pour le championnat du monde et Charlie Whiting, historique directeur de course, a sûrement sensibilisé l’ensemble du peloton à ne pas se mêler à la lutte ultime, mais le jeune pilote russe devait lui aussi de son côté défendre sa place et son volant, synonyme d’un avenir moins sombre. Les interrogations se seraient également portées sur son comportement s’il avait facilité la tâche du pilote Ferrari. Et quand bien même certains doutes peuvent être émis à son encontre au vu de la fourniture de moteur Renault à Red Bull, le talent de Petrov à résister à la pression dans son dos d’un champion du monde jouant sa saison, balaye tous doutes sur son intégrité.

L’intégrité était également au centre du débat au soir du grand prix du Brésil 2008 qui avait vu la victoire finale au championnat du monde du pilote britannique Lewis Hamilton sur McLaren au dépend de son grand rival de la saison, le brésilien Felipe Massa sur Ferrari.

Si l’enfant de Sao Paulo a entrevu le bonheur pendant quelques instants, c’était sans compter sur le soudain effondrement des pneumatiques de la Toyota de Timo Glock, qui, se faisant dépasser dans le dernier virage par Hamilton, privait de ce fait Massa d’une consécration mondiale devant son public.

Le panache du pilote Ferrari sur le podium mérite encore une fois d’être souligné tout comme doit être dénoncé la bêtise des médias et journalistes brésilien qui se sont acharné sur le pilote Toyota, coupable selon eux de n’avoir pas résisté au retour de la McLaren d’Hamilton. Les explications du pilote allemand seront pourtant crédibles, dénonçant des conditions de piste extrêmement changeante et une grande difficulté de sa part à rester sur la piste. D’autant que son résultat était très satisfaisant pour Toyota et son pilote, perdu dès le début de la course dans les bas fonds du classement et qui voyaient en fin de course, grâce aux conditions météorologiques, l’opportunité de marquer quelques points inespérés.

 

Vitaly Petrov et Timo Glock sont encore à l’aube de leur carrière. Il leur reste maintenant à faire en sorte que la mémoire de la Formule 1 ne les retienne pas uniquement pour ces faits de course mais pour leur talent et leurs possibles futures victoires.

 

Axel B.





Vettel : champion et symbole

15 11 2010

Sebastian Vettel est devenu le plus jeune champion du monde de Formule 1, à 23 ans et quelques jours. En les dominant en course à Abu Dhabi, il détrône de ce fait Fernando Alonso et Lewis Hamilton, qui l’avaient précédé sur ce record.

 

Rarement un champion du monde aura eu une ascension aussi rapide et régulière. Quatorzième en 2007 pour sa première saison en huit grand prix, huitième en 2008 au volant de la Toro Rosso avec déjà une victoire, deuxième en 2009 et se battant pour le titre et enfin, champion du monde 2010.

Ses statistiques sont déjà dignes des plus grands champions de ce sport. Dix victoires, quinze pole positions, six meilleurs tours, dix sept podiums…on a du mal à croire que Sebastian Vettel n’a que 23 ans !

Souvent comparé à son idole et modèle, Michael Schumacher, le jeune allemand natif d’Heppenheim a tout le temps de battre les incroyables et jusqu’à là intouchables records de son aîné.

Sa première course au grand prix des Etats-Unis en 2007 au volant de la BMW-Sauber en remplacement de Robert Kubica avait déjà fortement marqué les esprits. Il devenait ce jour là le plus jeune pilote à participer à une course et à marquer un point à l’âge de 19 ans. Il finira la saison au sein de la Scuderia Toro Rosso en se faisant encore une fois de plus remarquer au grand prix du Japon en menant la course pendant quelques tours, puis en accrochant sous le régime de le voiture de sécurité son futur équipier, Mark Webber alors qu’un podium leur tendait les bras. Ayant digéré sa déception, il finira à la quatrième place de la manche suivante, en Chine.

Il marquera définitivement le monde de la Formule 1 la saison suivante en 2008 en remportant la pole position et la victoire au grand prix d’Italie, dans des conditions dantesques au volant de la Toro Rosso, ex-Minardi, en ridiculisant son équipier, Sébastien Bourdais, multiple vainqueur en Champcar, qui ne se remettra jamais d’avoir croisé la route d’un authentique champion.

Son recrutement en 2009 par Red Bull était dans la logique des choses. Titularisé auprès de Mark Webber en remplacement de David Coulthard, Sebastian Vettel mettra des bâtons dans les roues aux deux pilotes Brawn GP, Jenson Button et Rubens Barrichello, dominateurs en début de saison, en se battant pour le titre jusqu’à l’avant dernière course de la saison au Brésil.

Tous lui prédisait un avenir de champion assuré. Las de la mauvaise fiabilité de sa voiture et de ses trop nombreuses erreurs en course, Vettel perd un peu pied au début de la saison 2010, notamment dans la guerre psychologique qu’il mène avec son rugueux équipier australien. Cependant, il aura tout le soutien de son équipe, et ceux, malgré les avis divergents des observateurs avertis de la Formule 1 qui le juge trop impulsif et commettant trop d’erreurs.

Mais c’est grâce à une fin de saison époustouflante (trois victoires en quatre courses) et un moral à tout épreuve que le jeune allemand est entré dans l’histoire de la Formule 1.

 

Il s’agit maintenant pour Sebastian Vettel de confirmer son talent par d’autres résultats probants les saisons suivantes et par un peu plus de maturité dans les situations de crise. Il va s’en dire qu’un comportement comme celui dont il a fait preuve en Turquie ou en Belgique cette année ne sera plus toléré ni excusé venant d’un pilote qui représente la nouvelle génération victorieuse de la Formule 1, et encore moins venant d’un champion du monde.

 

Axel .B





Red Bull-Renault s’envole

10 11 2010

L’écurie Red Bull-Renault a remporté le titre de champion du monde des constructeurs lors du grand prix du Brésil le week-end dernier. Première équipe victorieuse représentant une marque commerciale hors marché automobile depuis Benetton en 1995, Red Bull en profite pour donner de nouveau des ailes à Renault, qui redevient un motoriste gagnant après sa parenthèse constructeur du début des années 2000.

Mais qui se souvient que l’actuelle écurie Red Bull était à l’origine détenue par Jackie Stewart et son fils Paul sous le nom de Stewart GP. Victorieuse d’une course en 1999 au Nurburgring grâce à Johnny Herbert, l’entité fut ensuite revendue entièrement à Ford, constructeur américain qui rêvait depuis longtemps d’avoir les mains libres en Formule 1. Rebaptisée Jaguar, emmenée par Eddie Irvine puis, déjà, Mark Webber, la réussite n’était malheureusement pas de la partie et les ambitions de Ford furent rapidement réduites à néant.

Dietrich Mateschitz, magnat de la boisson énergétique grâce à sa marque Red Bull, profite alors de l’occasion qui lui est présentée de s’investir plus durablement en Formule 1 pour racheter à son tour l’usine et garder une partie du personnel afin de lancer sa propre écurie ; le meilleur moyen selon lui de faire de la publicité, plus fructueux en tout cas que le sponsoring d’équipes de milieu de tableau comme Sauber ou Arrows.

Ayant déjà dans son escarcelle un vivier de jeunes pilotes issus de son propre financement, Mateschitz, autrichien, fait courir successivement Christian Klien, Vitantonio Liuzzi et Robert Doornbos aux côtés de David Coulthard lors des deux premières saisons. Mais c’est avec le retour de Mark Webber en 2007, puis l’arrivée du jeune Sebastian Vettel en 2009 que l’écurie prend sa réelle consistance et commence à se battre régulièrement pour la victoire.

L’embauche en 2006 d’Adrian Newey, ingénieur réputé pour avoir fait gagner toutes les équipes qu’il a fréquentée jusqu’à présent (Williams, Mclaren et maintenant Red Bull) n’est pas non plus étrangère au nouveau statut de prétendant à la victoire finale acquis par l’écurie ces dernières années.

Renault est grandement associé aux résultats probants de l’équipe ces deux dernières années. Même si le bloc français concède des chevaux en moins qui handicapent sa puissance, sa fiabilité et sa souplesse sont des atouts non négligeables. Seul l’abandon de Vettel en Corée du Sud cette année est à imputer au motoriste.

Ceci dit, les pilotes Red Bull n’ont pas eu besoin de beaucoup d’aide cette saison pour ne pas finir les courses. Un duel fratricide, qui n’a toujours pas connu son dénouement, s’est déroulé durant différent grand prix avec en point d’orgue l’historique accrochage en Turquie.

Les dirigeants de l’équipe autrichienne prenant ouvertement parti pour Sebastian Vettel, et ceux, malgré la clairvoyance des observateurs extérieur qui défendaient plutôt Mark Webber, la guerre psychologique entre le fougueux pilote allemande et le rugueux et expérimenté australien était lancée.

Le vainqueur de ce duel sera connu lors du grand prix d’Abu Dhabi, en fin de semaine et il se pourrait bien que la défaite soit amèrement partagée par les deux protagonistes. Un éventuel futur problème qui pourrait menacer la stabilité déjà précaire de l’équipe et envenimer sa progression victorieuse.

La victoire de Red Bull-Renault au championnat n’est pas sans rappeler celle de Brawn-Mercedes l’année dernière. Construite sur les cendres d’une écurie riche, mais peu compétitive (en occurrence Honda), cette dernière avait réussi à se souder autour d’un noyau dur et talentueux pour dominer la saison 2009 avec Jenson Button et Rubens Barrichello. L’ère des constructeurs indépendants est peut être de retour en Formule 1?

Mais outre cet état de fait, c’est surtout la victoire d’une équipe jeune, qui fait souffler un vent de fraicheur sur la Formule 1 grâce à son approche peu conventionnel de ce sport et de son aspect communication et commercial. Certaines images restent en tête pour illustrer l’atypisme Red Bull comme la cape de Superman de Coulthard sur le podium monégasque en 2006 ou la publication du « Red Bulletin », journal corrosif distribué dans le paddock. Bien loin du sérieux et du conformisme de Ferrari et McLaren mais finalement pas moins efficace.

Axel B.





Un final en apothéose

4 11 2010

De nombreux observateurs avertis, dont Bernie Ecclestone ou Martin Whitmarsh, s’accordent à dire que ce championnat 2010 de Formule 1 est le plus disputé depuis longtemps, voire même depuis toujours. Croire en cette affirmation publicitaire, visant sûrement à intéresser le plus grand nombre de spectateur jusqu’à la fin de la saison, reviendrait à avoir la mémoire courte…

 

En effet, sans aller chercher bien loin dans l’histoire de la Formule 1, souvenons nous du sacre de Jenson Button la saison dernière. Même si le pilote britannique avait dominé le début de saison au volant de sa Brawn-Mercedes, la seconde partie de l’année a été bien plus compliquée avec l’insistance des Red Bull-Renault de Sebastien Vettel et Mark Webber et le retour en force de son propre équipier, le brésilien Rubens Barrichello, vainqueur à Valence et à Monza.

Si bien que Jenson Button du attendre le grand prix du Brésil, pénultième manche du championnat, pour être enfin sacré et soulagé. Les spectateurs et téléspectateur, eux, furent ravis d’assister à une issue finale attendu mais indécise jusqu’à la fin.

Et puis que penser du championnat 2008 ? Remporté dans l’ultime virage de la dernière course, encore au Brésil, par un Lewis Hamilton chanceux et valeureux au détriment de l’idole de tout un peuple, Felipe Massa.

Si le britannique n’avait pas eu l’opportunité de dépasser la Toyota de Timo Glock (en pneu slick sur une piste détrempée) dans la dernière courbe du circuit Carlos Pace de Sao Paulo, et ainsi gagner une place et un point supplémentaire lui permettant de remporter le titre, Felipe Massa aurait été champion.

Lui qui a cru tenir enfin son rêve à pleine mains durant quelques secondes, n’aura été qu’encore plus déçu mais tellement chevaleresque sur le podium en venant saluer son public, que cette image et ce résultat resteront longtemps dans les annales du sport automobile et de la Formule 1.

Certes, la crainte d’un ennui total peut être grande pour ceux qui ont vécu l’archi-domination de Michael Schumacher au début des années 2000, lorsque le pilote allemand était sacré champion, ainsi que son écurie, Ferrari, sept ou huit courses avant la fin de la saison.

Mais depuis quelques années, le championnat est redevenu passionnant et, le millésime 2010 devrait encore une fois suivre cette tendance.

 

Il ne reste plus qu’à chacun de faire son pronostic sur le nom du futur champion de cette année. Si Red Bull semble bien placée pour remporter le titre constructeur, plusieurs pilotes sont encore en lice pour celui des conducteurs: Fernando Alonso, Mark Webber, Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Jenson Button, dans l’ordre. Et pour encore prouver qu’aucun d’entre eux ne lâchera rien, Button, pourtant à 42 longueurs d’Alonso, croit encore en ses chances.

 

Axel B.








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