Alonso, le nouveau prophète

28 06 2012

L’émotion était palpable à l’arrivé du Grand Prix d’Europe sur le circuit de Valence. Si ce n’est pas la première fois que Fernando Alonso remporte une course à domicile (le précédent date de 2006 à Barcelone), cette victoire donne une nouvelle dimension au pilote espagnol.

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Il y a des succès qui marquent un homme et une carrière. Sans revenir trop loin dans l’histoire, on peut se rappeler que la victoire, certes malheureuse car il avait perdu le titre ce jour là, de Felipe Massa au Brésil en 2008 avait été un des plus beaux moments de la Formule 1. La réaction d’orgueil du pilote et sa complicité émotionnelle avec un public acquis entièrement à sa cause sont sûrement restés gravé à jamais dans la mémoire du Brésilien.

Ce week-end, à Valence, un autre pilote tout de rouge vêtu, a donné une dimension émotionnelle exceptionnelle à sa victoire. Cet homme n’est autre que le double champion du monde Fernando Alonso.
Quelle chance que sa monoplace soit arrivée à court d’essence au pied d’une tribune remplie d’Espagnols en folie après le succès de leur idole. Cette panne nous a permis de voir enfin des images malheureusement trop rares de joie, de communion avec le public et de réelle et intense émotion rappelant la victoire de Nigel Mansell lors du Grand Prix de Grande Bretagne en 1992 lorsque la foule avait litterallement envahie la piste pour fêter son idole.

Avant cela, Alonso avait saisi un drapeau espagnol dans le but de faire un tour d’honneur avec ce précieux sésame, symbole d’un peuple actuellement en souffrance et à qui les victoires successives de leurs champions (Nadal, « la Roja », Alonso) dans les diverses disciplines (Tennis, Football, Formule 1) donnent un peu de baume au cœur.

Ce tour d’honneur, drapeau en main, un temps sujet à des amendes imposées bêtement par la Fédération, n’est pas sans rappeler quelques magnifiques victoires d’Ayrton Senna qui mettait en avant les couleurs de son pays pour partager et communier avec son peuple lors de ses moments de gloire et de bonheur. Comme par exemple lors de ce magnifique Grand Prix du Brésil en 1991, où Ayrton, assommé par la fatigue, criant et pleurant dans son casque lors du tour d’honneur et tenant à peine sur ses jambes après sa victoire, se fera un devoir de monter sur le podium avec le drapeau brésilien dans les mains…A ces yeux, cette victoire à domicile était sûrement la plus belle, comme Alonso nous l’a dit pour son succès à Valence ce week-end.

Ce sont aussi ces gestes et ces attitudes qui ont fait d’Ayrton Senna un pilote à part, mythifié par le public et ses semblables car il donnait l’impression de vivre entièrement et à cent pour cent tous ses succès.
Ce dimanche, Fernando Alonso a imité son idole et a redonné à la Formule 1 un côté humain. Ses larmes sur le podium, ses sauts de bonheur devant la tribune, ce drapeau brandi, donnent encore une nouvelle dimension au pilote espagnol.

Déjà considéré avec justesse comme un des meilleurs pilotes de sa génération, sinon le meilleur, Alonso ajoute désormais une nouvelle aura à son personnage et entre de ce fait dans la catégorie de ceux qui ont quelques choses de spécial comme l’avaient Fangio, Senna ou Schumacher en leur temps.

Et en plus, Alonso pilote pour l’équipe parmi les équipes, la Scuderia Ferrari, déjà affublée d’une ferveur et d’un amour sans partage avec ses supporters et qui a une place très particulière dans le monde de la Formule 1 et du sport automobile. N’est-il pas coutume de dire que la Formule 1 ne serait rien sans Ferrari ?

Dans tous les cas, désormais, Fernando Alonso, déjà pilote reconnu, émérite et respecté, devient également incontournable et mythifié lui aussi par ce succès sur ses terres et cette émotion partagée avec ses pairs. En quelques sortes, un prophète…

Axel B.





Tous les pilotes peuvent-ils gagner ?

21 06 2012

Cette nouvelle saison de Formule 1, si ouverte et disputée, nous donne l’impression que chaque écurie (hormis peut être Caterham, HRT et Marussia) a une possibilité de remporter une course. Mais est ce que chaque pilote de ces dernières est capable de la faire ?

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Généralement, il n’y a pas de doute sur la compétitivité et la compétence de ceux qui tiennent le haut du tableau depuis plusieurs années.

Fernando Alonso, Lewis Hamilton, Jenson Button, Sebastian Vettel et Mark Webber sont des vainqueurs de Grand Prix régulier depuis plusieurs années maintenant. Leur présence dans des écuries de pointe leur donne un statut de potentiel premier à chaque course.

Dans cette liste, il serait bon d’ajouter après sa récente victoire en Chine, Nico Rosberg, dont le talent s’est enfin confirmé et concrétisé avec ce succès. De son côté, et malgré tous les doutes ayant entouré son retour, Michael Schumacher reste également dans le groupe des vainqueurs potentiellement régulier.

Chez Lotus-Renault, la pente ascendante de Romain Grosjean peut donner lieu aux plus fous espoirs. Après avoir raté la victoire de quelques secondes au Canada, le français sait désormais qu’il a la capacité et la monoplace pour remporter une victoire. Par là même, il semble commencer à dominer son équipier Kimi Raikkonen, pourtant champion du monde et multiple vainqueur de Grand Prix, mais dont le retour semble pour l’instant un peu s’essouffler, même s’il reste un prétendant logique au succès cette saison.

Il reste le cas de Felipe Massa. Il semble être le pilote le plus en doute parmi ceux qui fréquentent les écuries de tête. Et son récent palmarès ne plaide pas en sa faveur. En effet, le brésilien n’a plus grimpé sur un podium depuis le Grand Prix de Corée du Sud en 2010 ! Et sa dernière victoire remonte à un encore plus lointain passé, lors de la course au Brésil en 2008, qui l’avait vu perdre le championnat dans l’ultime virage de la saison. On ne va pas revenir sur l’état psychologique de Massa, mais en plus de ce championnat raté, son accident en 2009 lors du Grand Prix de Hongrie et le fameux épisode « Fernando est plus rapide que toi » en Allemagne en 2010 font que le brésilien risque d’avoir beaucoup de mal à revenir dans la peau d’un potentiel vainqueur. En tout cas, il ne l’a pas encore prouvé aujourd’hui.

Mais la guerre interne et psychologique entre équipiers se retrouve également au sein des autres écuries. La victoire de Pastor Maldonado en Espagne a ravi Frank Williams et toute son équipe, mais elle a aussi mis en abîme les limites de Bruno Senna, autre pilote de l’écurie britannique, dont on doute maintenant qu’il soit capable de faire autant que le vénézuélien. Quelques jours après la course à Barcelone, les médias n’ont pas tardé à faire de Senna un futur ex-pilote Williams, bientôt remplacé par le prometteur Bottas, actuel réserviste. La pression psychologique est maintenant sur les épaules du neveu d’Ayrton, même si sa régularité en performance a été bien plus impressionnante que celle de Maldonado qui n’a marqué des points qu’à deux reprises (contre trois pour le brésilien) mais qui a réussi à ramener une victoire dans son escarcelle, un graal tellement plus honorifique et flamboyant.

Le même état de fait peut se constater au sein de l’écurie Sauber. Les deux podiums acquis par Sergio Pérez ont fait beaucoup de mal à la réputation de Kamui Kobayashi, pilote émérite et attaquant né, mais qui, cette saison, ne semble pas se trouver dans les bons coups comme son équipier. Car effectivement, il y a également une part de chance dans tous ces résultats. Il ne faut pas oublier que si Pérez est monté sur la deuxième marche du podium en Malaisie, c’était surtout dû aux conditions climatiques dantesques subits ce dimanche là. Certes, il n’a pas fait d’erreur et aurait même pu remporter la victoire, et de son côté, son équipier japonais abandonnait la course assez rapidement. La performance du mexicain au Canada est à ce titre bien plus probante. En partant quinzième et en terminant troisième, il a littéralement atomisé Kobayashi qui partait pourtant devant lui, en onzième position mais qui n’arrivera qu’à obtenir les deux points de la neuvième place. Espérons que cela ne soit pas un coup fatal, celui de trop, pour la carrière du Japonais.

Il reste maintenant à observer le comportement dans les autres équipes. Pourquoi Force India n’aurait-elle pas la possibilité de gagner d’ici là fin de la saison ? Giancarlo Fisichella a prouvé en 2009 que cela était possible en terminant deuxième du Grand Prix de Belgique cette année. Dans ce cas, qui de Paul di Resta ou Nico Hulkenberg saura se mettre en avant ? Pareil chez Toro Rosso. Sebastian Vettel avait fait gagner l’équipe en 2008. Rien n’empêche Daniel Ricciardo ou Jean-Eric Vergne de jouer la victoire dans cette saison folle !

Il va cependant falloir évidemment beaucoup de force à tous ces pilotes pour se sortir de l’ombre, et prouver à leur équipe et à tous les observateurs de la Formule 1 que, eux aussi, peuvent prétendre à devenir des pilotes d’exception.

Axel B.





We never give up !

16 06 2012

« We never give up ! » soit « Nous n’avons jamais abandonné ! » c’est la phrase que s’est écrié Sergio Pérez en direction de son équipe, Sauber, après avoir franchi la ligne d’arrivé du Grand Prix du Canada à la troisième place. Une performance qui en dit long sur les capacités du jeune mexicain et des ressources de l’écurie suisse.

 

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Voilà une saison réellement excitante. Nul ne peut savoir à l’issue des qualifications le samedi après midi, quel pilote aura la chance de monter sur le podium le dimanche.

Même avec une position modeste sur la grille de départ, les chances de victoire, ou tout du moins de bon résultat, sont grandes.

Le meilleur exemple de cette situation, nous l’avons encore vu ce week-end avec le podium de Sergio Pérez, et aussi dans une moindre mesure la deuxième place de Romain Grosjean.

Si pour le Français, ce podium est un peu moins étonnant que pour le mexicain, il n’en reste pas moins exceptionnel. Personne n’aurait parié que le pilote Lotus-Renault finirait à moins de trois secondes du vainqueur après une qualification qui l’avait vu en haute lutte pour accéder à une plutôt décevante septième place.

Certes, une fois de plus, Romain devançait son équipier pour être le seul représentant de son équipe dans la dernière partie des qualifications ; mais malgré une course que l’on pensait un peu plus chaotique que ce qu’il en est advenu, le Français a réussi un Grand Prix splendide fait d’attaque, de stratégie parfaite et surtout absent de toute erreur, ce qui, il faut le dire, nous rassure un peu…

En effet, si Romain Grosjean est rapide et digne de se battre avec les plus grands de la discipline, sa fiabilité et son irrégularité course après course risquent de lui jouer des tours à l’avenir. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’il en est uniquement à sa première saison complète, et avec une petite quinzaine de Grand Prix derrière lui, ses performances restent exceptionnelles. Même au volant d’une monoplace qui semble être une des toutes meilleures du plateau. Il ne lui reste désormais plus qu’à trouver enfin un rythme lui permettant de se battre régulièrement, et à la régulière, pour le podium, ce qui devrait être, avec un peu plus de temps et d’expérience, à sa portée. La voix royale pour une première victoire française depuis 1996 et une nouvelle victoire pour la marque Lotus depuis 1987. Romain Grosjean pourrait bien être le huitième homme. Car lui non plus, n’abandonne jamais !

Est-ce que Sergio Pérez peut lui aussi prétendre à ce titre dans cette saison de toutes les surprises ? Sa performance au Canada fait devenir cette question légitime. En partant de la quinzième position en qualifications pour terminer sur la troisième marche du podium après un seul arrêt aux stands, le mexicain confirme tout le bien que l’on pensait de lui après sa course en Malaisie qui l’avait vu rater la victoire de peu.

Si lors de cette course, Pérez avait amplement profité des conditions climatiques (tout comme Fernando Alonso dont la Ferrari était à côté de la plaque à l’époque) pour décrocher un sensationnel résultat, son podium canadien doit beaucoup plus à sa formidable gestion des pneumatiques et à son sens de l’attaque en douceur.

Cette saison, le nerf de la guerre se trouve donc aux quatre extrémités des monoplaces. Les gommes fournis par Pirelli sont à ce point sensibles que même Jenson Button, pourtant proclamé « Docteur es gestion des pneumatiques », en perd ses moyens…et ses points.

Ce qui fait cette année que l’on retrouve avec un plaisir non dissimulé des pilotes que l’on attendait pas en haut de l’affiche. Les Lotus de Raikkonen et Grosjean régulièrement sur les podiums, un Maldonado vainqueur en Espagne et une équipe Sauber, revenue du diable vauvert après l’abandon de BMW fin 2010, emporté par un élan de jeunesse et de renouveau et qui a pour état d’esprit de ne jamais abandonner. Et si c’était seulement cela la clé du succès et de la réussite ?

Axel B.





Jacques Villeneuve, 15 ans déjà

6 06 2012

A l’approche du Grand Prix du Canada de Formule 1, il est coutume de parler de la légende de Gilles Villeneuve. Enfant prodige de la discipline, son décès brutal en 1982, il y a tous justes 30 ans, en a fait une idole. Mais il faut également se souvenir qu’il y a tous justes 15 ans, son fils, Jacques Villeneuve, devenait, le seul et unique à ce jours, champion du monde de Formule 1 canadien.

 

Licence Creative Commons / Rick Dikeman

En effet, l’héritage du nom Villeneuve était un poids très lourd à porter pour Jacques. Ironie du sort, lors de ses débuts en Formule 1 en 1996, il était associé chez Williams-Renault à un autre fils de grand pilote, Damon Hill, progéniture de Graham, double champion du monde de la discipline dans les années 60.

Jacques Villeneuve avait déboulé en Formule 1 au volant de la meilleure monoplace du moment. En provenance de l’IndyCar américaine, son adaptation a été extrêmement rapide. Pourtant, de nombreux exemples qui ont suivi ont démontré qu’il était loin d’être aisé de passer de la discipline américaine à l’européenne. Villeneuve avait en quelque sorte lancé la mode de faire venir les champions d’IndyCar en Formule 1. Mais aucun de ceux qui l’ont suivi n’a trouvé le même succès. Alex Zanardi en 1998 n’a fait qu’un bref passage d’une saison chez Williams, Juan Pablo Montoya a eu quelques victoires, mais jamais vraiment l’abnégation nécessaire pour se battre pour le championnat, et Sébastien Bourdais n’a pas réussi à prendre le dessus sur son équipier, un certains Sebastian Vettel, ce qui a précipité la fin de son aventure dans la discipline reine du sport automobile européen.

Pour la canadien donc, l’aventure s’était plutôt bien déroulée. Il faut dire qu’à cette époque, il n’y avait aucune limitation d’essais privés durant l’intersaison, ce qui lui avait permis de réaliser un nombre incalculable de kilomètres avant de prendre le départ de son premier Grand Prix en Australie sur le circuit de Melbourne.

Il ne tardera pas d’ailleurs à rentrer dans les livres de records de la discipline en signant, dès sa première tentative, la pole position au nez et à la barbe de tous les cadors de la grille, Michael Schumacher, Damon Hill etc…

Un sombre et douteux problème mécanique l’empêchera de remporter par là même sa première victoire, mais il ne tardera pas à inscrire son nom au palmarès de la saison 1996 en gagnant lors de sa quatrième course, de fort belle manière d’ailleurs sur le circuit du Nurburgring dans le cadre du Grand Prix d’Europe.

La saison suivante sera celle de la consécration. Débarrassé de Damon Hill, Villeneuve devient le leader de l’écurie Williams et se battra jusqu’à l’ultime course contre la Ferrari de Michael Schumacher. Un coup de roue de ce dernier dans le ponton de la Williams-Renault du Canadien offrira une des images les plus marquantes de la Formule 1 des années 90et le titre à un Villeneuve aux cheveux peroxydé.

Le reste de la carrière de Jacques Villeneuve est malheureusement plus anecdotique. Lancé avec l’aide de son manager et amis Craig Pollock dans l’aventure d’une création d’écurie, sa motivation déclinera au même rythme que ses résultats se feront de plus en plus décevant et indigne de son talent. La British American Racing (plus connu sous l’acronyme de BAR) sera un relatif échec malgré quelques podiums, et Pollock ne tardera pas à quitter le navire, laissant Villeneuve se débattre dans un milieu qui lui est devenu hostile, dominé par la mainmise de David Richards, nouveau patron des lieux et surtout grand détracteur du pilote canadien.

Après une pause que l’on aurait pu penser salvatrice, le pilote tente un retour. D’abord au sein de l’écurie Renault en remplacement de Jarno Trulli à la fin de la saison 2004, puis ensuite en tant que titulaire chez Sauber pour 2005 et 2006.

Malheureusement, las du manque de fiabilité et de résultats de son pilote, Peter Sauber préférera le remplacer au cours de l’année 2006 par le prometteur polonais Robert Kubica, qui réalisait des performances bien plus convaincante en essais que le Canadien.

 

Jacques Villeneuve a laissé une impression d’inachevé en Formule 1. Son talent était flagrant, mais sa nonchalance et ses mauvais choix de carrière l’ont sûrement desservi. Il reste l’image d’un personnage sympathique au franc parler si rare dans ce milieu qu’il en était atypique. Il n’en reste pas loin un pilote d’exception, vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis, lauréat d’un titre de champion du monde de Formule 1, et qui tente sa chance depuis plusieurs années au 24h du Mans.

 

Axel B.








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