Le désastre n’est pas loin. On connait la passion démesurée du peuple italien et la propension de la Scuderia Ferrari à vivre dans les extrêmes. Lorsque tout va bien et que les victoires s’enchainent, les rouges sont les meilleurs. Mais lorsque la machine s’enraille, il leur est plus difficile de sortir la tête de l’eau.

Le récent résultat du grand-prix de Grande Bretagne avec les 14ème et 15ème places de Fernando Alonso et Felipe Massa plonge un peu plus l’écurie italienne dans le marasme le plus total. Après avoir marqué quatre points en deux courses, les espoirs de titres s’envolent aussi vite que la crise semble s’installer durablement. Mais quelles sont les raisons de ce manque de réussite ?

La monoplace est cependant compétitive. La troisième place de Fernando Alonso en qualification ce week end le prouve. Même si Felipe Massa est en net retrait par rapport à l’espagnol, Ferrari peut compter sur ses deux pilotes pour marquer de gros points, au contraire de Renault ou Williams qui sont obligés de lutter avec une voiture forte et une autre moins compétitive confiée à des pilotes débutants et commettant beaucoup d’erreurs.

La suspicion plane néanmoins sur les capacités de Felipe Massa à revenir au plus haut niveau après son accident en Hongrie la saison dernière. Auteur de deux podiums au Bahreïn et en Australie, le pilote brésilien n’a ensuite pas été épargné par les soucis mécaniques et les faits de course à son désavantage. On sait que le vice champion du monde 2008 n’est jamais aussi bon que lorsque tout se passe bien pour lui. A ce titre, son grand-prix de Grande Bretagne 2010 est à l’image de celui de 2009 qui avait été un vrai calvaire (crevaison, mauvaise stratégie, tête à queue etc…). D’ailleurs sa pirouette dans le dernier virage au 39ème tour l’obligeant à faire un arrêt au stand forcé n’a pas du le mettre en confiance et à sûrement rendu son visage aussi rouge de honte que la couleur de sa monoplace.

Et si l’on regarde les résultats en qualifications, Fernando Alonso domine encore nettement son coéquipier puisqu’il l’a devancé sept fois sur neuf, sans compter le grand-prix de Monaco où l’espagnol n’a pas participé à la séance. Avec une place moyenne sur la grille de départ de 6,1 pour le pilote ibérique contre une de 7,5 pour le brésilien, les résultats sont éloquents.

Felipe Massa a certes signé un contrat à long terme avec la Scuderia mais il faudra qu’il hausse sensiblement son niveau de compétitivité  afin de garder la confiance de ses employeurs.

Cependant, les mauvaises performances de Ferrari trouvent également leurs sources dans une gestion déplorable de la nouvelle direction sportive.

Stefano Domenicali, en poste depuis le départ de Jean Todt, n’a pas encore prouvé qu’il puisse être le digne successeur du français. Sa gestion de la stratégie de course est souvent contestée tout comme sa gestion humaine notamment avec le fougueux Fernando Alonso qui impose sa marche à suivre et se trouve être impitoyable avec son entourage professionnel. Pour preuve, lors du grand-prix de Grande Bretagne, après avoir effectué un « drive through » pour dépassement illicite sur Robert Kubica, il a exprimé de manière autoritaire le fait qu’il ne voulait plus avoir aucun liaison radio avec son stand jusqu’à la fin de la course. Est-ce qu’une telle situation aurait été possible avec Ross Brawn et Jean Todt à l’autre bout du fil ? Si la rivalité entre Massa et Alonso du début de saison s’est calmée, Stefano Domenicali va devoir faire face à d’autres problèmes aussi difficiles à gérer. Le pilote espagnol champion du monde en 2005 et 2006 ne se contentera pas longtemps d’une voiture et de résultats médiocres. L’ambiance au sein de l’équipe pourrait rapidement se dégrader.

Il faut que Ferrari revienne rapidement sur le chemin de la victoire si elle ne veut pas revivre ses durs moments des années 90. La crise et les changements incessants de direction technique et sportive à cette époque n’avaient fait que fragiliser un équilibre instable. Depuis deux ans, l’écurie semblent revenir à ses anciens travers ou la gestion dite « à l’italienne » faite d’approximations et de précipitations  avait tiré les résultats vers le bas. A ce rythme là, Fernando Alonso ne connaitra plus les joies d’être une fois de plus champion du monde et Felipe Massa ruminera toujours son échec sur le fil de 2008.

Axel B.

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