Il est des destinées toutes tracées, et d’autres qui s’écrivent au fur et à mesure de l’histoire et de la vie. Celle de ce petit brésilien de Sao Paulo nommé Rubens Barrichello fait partie de la seconde catégorie. Tout dans sa carrière aurait été digne de figurer dans n’importe quelles tragédies grecque ou hollywoodienne. Et ce jusqu’à ce grand prix de Belgique 2010, théâtre de sa 300ème participations à une course de Formule 1.


Rubens Barrichello et Michael Schumacher ont plus d’un lien en commun dans le monde de la Formule 1. Outre le fait d’avoir été coéquipier de nombreuses années victorieuses chez Ferrari, les deux hommes sont les deux seuls pilotes encore en activité ayant vécu le dramatique 1er mai 1994.

Ce jour là, Rubens ne vivait pas la course sur la piste mais dans les stands. Il avait inauguré 24h plus tôt avec un terrible accident ce qui allait devenir le weekend le plus noir de ce sport.

Lors des essais libres de ce grand prix de San Marin, le vendredi, sa Jordan, visiblement victime d’une crevaison, sortait de la piste à une vitesse effroyable. Si Rubens fût transporté inconscient à l’hôpital, il s’en sortit miraculeusement et assista en spectateur bien malheureux au double drame qui allait se dérouler. Les brésiliens, très croyant, allaient être abandonnés par Dieu qui leur enleva leur idole, Ayrton Senna. Pour Barrichello, le choc fût rude. Plus qu’un compatriote ou qu’un mentor, c’était un modèle et un ami qu’il voyait s’enfuir.

Conjugué à son accident le vendredi et à l’effroyable sortie de piste mortelle de Roland Ratzenberger le samedi, l’ensemble de la Formule 1 venait de prendre un électrochoc.

Barrichello, trop rapidement considéré comme le successeur de Senna mettra longtemps à se sortir de l’emprise de son illustre prédécesseur. On le verra même courir au grand prix du Brésil 1995 avec un casque reprenant les couleurs de celle du défunt champion.

Il construira son palmarès dans des écuries de secondes zones (Jordan, Stewart) avant d’être enfin appelé par la mythique Scuderia Ferrari.

Si son rôle de porteur d’eau pour Michael Schumacher sera parfois lourd…à porter et à justifier, il ne l’empêchera cependant pas de remporter 9 victoires et d’étoffer un palmarès jusqu’alors peu représentatif de son talent.

Son divorce avec Ferrari sera vécu comme un soulagement mais le plongera aussi dans les bas fonds des grilles de départs aux volants de modestes et décevantes Honda. La reprise de l’écurie en 2009 par les mains expertes de Ross Brawn permettra à Rubens de se rappeler au bon souvenir de tous en remportant deux victoires importantes qui le feront lutter jusqu’à tard dans la saison pour le titre tant convoité de champion du monde, remporté cette année là par son coéquipier Jenson Button.

Alors que d’aucun l’imaginait déjà  paisiblement dans une retraite bien mérité depuis des années, le « vieux » s’engage à nouveau pour plusieurs saisons avec l’écurie Williams, autre référence du monde de la Formule 1.

Cette soif de compétition et de victoire lui permettrons donc d’atteindre le chiffre symbolique de 300 grand prix cette saison. Plus qu’un record, cela représente un symbole d’abnégation, de courage, et de volonté de réussir. Une juste récompense à sa bonne humeur affichée dans les paddocks et surtout à son talent. Mais aussi à cette faculté de mettre de côté les mauvais moments pour se concentrer sur l’avenir. Personne n’oubliera son accident en 1994, ni ses atermoiements contre Michael Schumacher, clairement numéro un chez Ferrari, ou Jenson Button, privilégié chez Brawn.

Lui n’oubliera pas ce moment de 2002, au grand prix d’Autriche, où il était monté sur la deuxième marche du podium sans un sourire. Son fils lui en ayant fait le reproche, il se jura alors de toujours se montrer joyeux et ce, sur n’importe quelles marches qu’il se trouve. Voilà comment une seule anecdote pourrait résumer une vie passée à 300 à l’heure.

Axel B.

Publicités