Tous les plus grands pilotes et tous les champions du monde arrivent à un moment donné de leur carrière où l’équation entre leur talent et la qualité de leur voiture les rend largement supérieur à leurs adversaires. A tel point que l’on peut les voir dominer une course du début jusqu’à la fin, en solitaire.

Sebastian Vettel, champion du monde en titre et actuel leader du championnat 2011 a une carrière plutôt courte (une soixante de courses seulement) mais il a déjà vécu cette situation d’isolement en tête d’une course plus d’une fois.
Pas plus tard qu’en Malaisie le week-end dernier où, leader du Grand Prix depuis le premier tour, le champion allemand n’a eu qu’un dépassement viril à faire sur la Ferrari de Felipe Massa à la mi-course. Le pilote brésilien, vice champion 2009, ne luttait cependant pas dans la même catégorie en ayant un arrêt au stand de différence avec l’allemand. Leur passe d’armes, attractive pour les spectateurs et téléspectateurs, n’était en fait pas bien importante pour la course de chacun.
Les problèmes liés à cette situation de solitaire en tête des courses peuvent se matérialiser en plusieurs points.
Tout d’abord, le risque d’une déconcentration du pilote est grand. En effet, même s’il est focalisé sur sa course, le fait d’enchainer, virage après virage, tour après tour, les mêmes gestes sans avoir de concurrents directs pour casser cette routine, peut amener le pilote à faire des erreurs. On se souvient du cavalier seul de Michael Schumacher au Grand Prix de Monaco 2001 et de son erreur au virage de Ste Dévote à quelques encablures de l’arrivée, ce qui avait bien failli l’inscrire sur la liste des abandons. Il avait concédé, lors de la conférence de presse d’après course, avoir eu un moment d’inattention…
Eddie Irvine, en son temps glorieux de prétendant au titre en 1999, ne cachait pas son ennui lors de ses victoires trop aisées, sans le moindre dépassement à se mettre sous la dent.


De plus, quand un pilote domine à ce point la course, on pourrait penser qu’il le fait avec une facilité déconcertante. L’attitude et le caractère d’un pilote sont flagrants lorsque celui-ci est confronté directement avec ses adversaires. Même si la beauté d’une prise de trajectoire parfaite prouve avec pertinence la qualité de l’artiste, les frictions roues contre roues et les dépassements osés (Hakkinen sur  Schumacher au Grand Prix de Belgique 2000) sont encore plus révélateur aux yeux du public.
De ce fait, à force d’être isolé en course, un pilote peut rapidement perdre ses repaires dans le peloton, endroit réputé pour des luttes serrées. Certains d’entre eux, même, ont la réputation d’être des cadors en tête de course mais rencontrant les pires difficultés une fois qu’ils se retrouve perdu au milieu de leurs adversaires. Au début de sa carrière en rouge Ferrari, Felipe Massa était l’archétype même du pilote qui conduit à la perfection en première place des courses en solitaire (comme ses victoire en Turquie par exemple) mais qui à plus de mal à prouver sa valeur, entouré par ses comparses. Cette réputation touchait également à l’époque le champion du monde 1996 Damon Hill. Preuve s’il en est que ce minime « défaut » n’a rien à voir avec le talent intrinsèque du pilote.

Au risque de tuer rapidement le championnat, Sebastian Vettel espère sûrement se retrouver encore plusieurs fois dans sa solitude de dominateur impérial de la course. Un de ses rivaux, Jenson Button, pourrait témoigner de cette expérience vécue pour sa part début 2009, avant de voir sa monoplace rapidement rattrapée en terme d’évolution par ses concurrents. La lutte qui attend Vettel et Red Bull risque de devenir de plus en plus ardue.

 

Axel B.

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