Depuis la nuit des temps, le talent est souvent une histoire de famille. Dans les métiers artistiques ou dans le sport, la filiation n’est pas une exception. La  Formule 1 n’échappe pas à ce phénomène qui fait souvent l’histoire.

 

Depuis quelques années, il est de plus en plus fréquent de voir des fils de pilotes de course prendre la suite de leur père. Ceci dit, ce fait existait déjà au commencement du championnat du monde de Formule 1.

Alberto Ascari, unique italien champion du monde en 1952 et 1953 avait un style de pilotage et un courage que l’on comparait beaucoup à son père, Antonio, pilote entré dans la légende des courses automobiles d’après la première guerre mondiale. Conducteur talentueux et fantasque, il courrait à l’époque en équipe avec un certain Enzo Ferrari, qui concevra plus tard les monoplaces sur lesquelles Alberto deviendra double champion du monde.

Malheureusement, Antonio Ascari se tuera en course sur le circuit de Montlhéry en France en 1926. Alberto n’a que 8 ans lorsque le drame arrive, mais il gardera toujours la passion de la course malgré ce triste dénouement. Le destin du père et du fils se croiseront tragiquement lorsque qu’Alberto trouvera lui aussi la mort lors d’une séance d’essais privée sur le circuit de Monza, en Italie, quelques jours seulement après avoir réchappé par miracle à un accident lors du grand prix de Monaco.

Ce destin tragique, les Hill, père et fils, le partagent partiellement. Le père, Graham, champion du monde en 1962 et 1968, fera une longue carrière, remplie de succès et de belles luttes avec les meilleurs pilotes du moment tels que Jim Clark, Jack Brabham ou Jackie Stewart. Il aura la réputation d’être d’un homme classieux et respectueux des autres et dont le flegme et la bonne éducation britannique en feront un pilote apprécié.

Fort de cette image favorable, il se lancera à la fin de sa carrière, dans la création de sa propre écurie, baptisée Embassy Hill, qui fera courir, entre autre, Alan Jones ou Peter Gethin.

Le drame survient en novembre 1975 lorsque l’avion privé de Hill (qu’il pilote lui-même) transportant une partie des membres de son équipe et son pilote phare Tony Brise, s’écrase en Angleterre, de retour d’une séance d’essais privée sur le circuit Paul Ricard dans le sud de la France. L’équipe ne continuera pas son aventure et Graham laisse derrière lui une femme et un enfant, Damon, âgé de 15 ans. Ce dernier, fou de vitesse et de compétition, voit cependant ses ambitions contrariés par la volonté de sa mère qui ne souhaite pas voir son fils vivre les mêmes dangers que son père.

Il ne finira par débuter sa carrière en sport automobile qu’à 24 ans, un âge relativement tardif, mais gravira rapidement les échelons pour se retrouver équipier d’Alain Prost chez Williams en 1993 puis, de prendre la succession d’Ayrton Senna au sein de l’écurie britannique la saison suivante dans des circonstances douloureuses suite au décès en course du pilote brésilien. Il sera un adversaire farouche de Michael Schumacher durant trois années et remportera le titre de champion du monde en 1996. Ce qui fait de lui le seul fils de champion à avoir gagné lui aussi le titre et a succéder ainsi à son père au palmarès.

En 1996, il croise également la route de Jacques Villeneuve, pilote au patronyme connu et entouré d’un halo de respectabilité et de mythification important.

En effet, Jacques est le fils de Gilles Villeneuve, pilote Ferrari de 1977 à 1982 et qui aura marqué la Formule 1 par son style de pilotage agressif et admiré. Le pilote québécois sera devenu une idole en quelques années et tout le monde se souvient encore de ses magnifiques passes d’armes avec René Arnoux lors du grand prix de France 1979.

Son ascension sera brisée par un accident mortel lors du grand prix de Belgique en 1982, laissant le monde de la Formule 1 et son patron Enzo Ferrari inconsolable.

Son fils Jacques, déjà auréolé d’un titre en IndyCar et d’une victoire aux 500 Miles d’Indianapolis, réalisera l’ambition de son père en devenant champion du monde en 1997. Si le reste de sa carrière en Formule 1 sera jalonnée de mauvais choix et d’insuccès, il tentera néanmoins sans y réussir, à deux reprises, de remporter les 24h du Mans pour devenir le second pilote à réaliser le « triplé magique », championnat de Formule 1, 500 Miles d’Indianapolis et 24h du Mans, comme seul…Graham Hill l’avait réussi.

D’autres fils de grands pilotes ont eu cependant moins de succès que ceux précédemment cités. Michael Andretti, fils de Mario, champion du monde en 1978 à échoué dans sa tentative en 1993 au volant d’une McLaren. Equipier du grand Ayrton Senna, il sombrera rapidement, victime de l’interdiction des essais privés d’intersaison et d’un manque de compétitivité évident de sa monoplace.

Beaucoup plus récemment, Nelson Piquet Jr, fils du Nelson triple champion du monde en 1981, 1983 et 1987 se fera connaitre pour le triste épisode du « crashgate » du grand prix de Singapour 2008, où il a précipité sa monoplace dans le mur pour favoriser une stratégie d’équipe. Ce scandale et des résultats décevant mettront un terme à sa présence en Formule 1. Tout comme Kazuki Nakajima, fils de Satoru, pilote japonais émérite des années 80, qui sera placé chez Williams sur les bonnes recommandations du motoriste Toyota, mais qui ne parviendra jamais à prouver sa valeur.

Aujourd’hui, seul Nico Rosberg est un représentant de ce phénomène des fils de pilote. Son père, Keke, champion du monde en 1982, fonde, comme beaucoup d’observateurs avisés, de grands espoirs sur les qualités de pilotage de son fils qui court toujours après sa première victoire. Non loin de là, un autre pilote au nom célèbre attend des jours plus heureux pour sa carrière…Bruno Senna, même s’il n’est « que » le neveu d’Ayrton, appartient lui aussi à cette filiation de talents.

Axel B.

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