Cette semaine, votre chronique habituelle est légèrement chamboulée pour laisser place à une interview inédite avec Stéphane Clair, nouveau directeur du circuit Paul Ricard, qui a accepté une rencontre dans le cadre de la finale GT Tour sur le circuit varois. La Formule 1 sera au centre de cette discussion avec ce véritable passionné de sport automobile.

(c) Cédric Ciampini

Q : Quel a été votre parcours avant d’accéder à la direction du circuit Paul Ricard ?

« Je viens du monde de l’événement et de la communication, pour avoir été à la fois patron d’agence d’organisation d’événements, organisateur d’événements sportifs, journaliste etc…tout en ayant toujours été passionné par les sports mécaniques. Et jusqu’à il y a quelques mois j’ai été organisateur de rallye raid dans le cadre de championnats du monde en Tunisie et au Maroc. Et il s’avère que j’ai été également client du circuit Paul Ricard en tant qu’organisateur pour des manifestations liées à la moto, ce qui m’a donné l’occasion de travailler encore plus étroitement avec les équipes de celui-ci, et de me rapprocher depuis cet été de la direction pour prendre la succession de Gérard Neveu. »

Q : Quelles sont vos ambitions à courts et moyens termes pour le circuit ?

« Le circuit est un formidable outil. Il y a des équipes très professionnelles, des installations de qualité qui nous sont enviés par beaucoup d’autres circuits et il nous reste à continuer ce qui a déjà été entreprit depuis maintenant deux années, c’est-à-dire à s’ouvrir encore plus au public et aux compétitions. Ce circuit, quand il a été réouvert, était un circuit d’essais. A nous aujourd’hui de transformer l’essai, en quelque sorte, et de devenir vraiment un lieu apprécié du grand public et des passionnés…ce n’est pas seulement de la compétition mais aussi un lieu de divertissement. Ce qui veut dire que l’on va travailler cet hiver de manière importante pour adapter nos installations et que tous les week-ends, les gens aient envi, que cela soient des touristes l’été ou des habitants de la région le reste du temps, de venir passer leurs dimanches à s’initier à la conduite, au pilotage, à faire du karting, à profiter d’animations ou à assister à des compétitions. »

Q : Les récentes World Serie By Renault (véritable anti-chambre de la F1 avec des pilotes comme Vergne ou Wickens) que vous avez accueillie ont été un vrai succès, est ce que vous postuler pour les accueillir une nouvelle fois l’an prochain ?

« Oui, et cela est déjà inscrit au calendrier, ainsi que les essais des World Series qui se dérouleront en mars, en préparation de ce rendez-vous de fin d’année. »

Q : La grande force du Paul Ricard actuellement est sa politique attractive pour le public, avec un accès peu coûteux aux compétitions. Allez vous continuez dans ce sens à l’avenir ?

« De plus en plus, nous sommes dans la logique d’en faire un lieu populaire, ce qu’il était à l’origine. Ce qui n’empêche en rien d’avoir un site de qualité et d’accueillir des manifestations privées et prestigieuses. Mais sur de grands week-ends comme les World Series, il est évident que la gratuité et la façon d’accueillir et de gérer le public fait parti des clés du succès. Nous sommes donc très attaché à conserver des tarifs les plus abordables possibles pour que tout le monde puisse vraiment en profiter. Mais il est vrai que nous avons également des installations qui nous permettent le même week-end d’avoir des loges, des services VIP, et d’accueillir des familles. Donc vraiment, nous feront fonctionner tout cela car cela représente l’esprit et l’essence même de la nature de circuit. »

Q : Quels sont les grands événements à venir en 2012 sur le Paul Ricard ?

« Notre calendrier sera annoncé fin novembre. Mais aujourd’hui je peux vous dire d’ors et déjà qu’il y aura encore plus de compétitions l’année prochaine et que nous allons essayer le plus rapidement possible de nous ouvrir aux compétitions motos en complément des compétitions automobiles. Sans nul doute, le public aura l’occasion d’assister à tous les types de compétitions, de la classique, de la moderne, de la monoplace, de l’endurance, de la moto etc…Nous aurons des rendez-vous pour tous. »

Q : Etes vous candidat à l’organisation d’un Grand Prix de Formule 1 dans un avenir proche. Et comment pourriez-vous nous expliquer le processus de candidature dans cette situation ?

« Alors nous ne sommes pas candidat. Ce que l’on peut dire aujourd’hui sans dévoiler de grands secrets c’est que le gouvernement a nommé une commission qui travaille sur le sujet « Grand Prix de France » en partenariat avec les organisateurs du Grand Prix de Belgique. Cette commission, dans ses études, a choisi le circuit Paul Ricard comme lieu d’organisation d’un Grand Prix, si cette course devait avoir lieu, et maintenant ils sont en train de travailler sur des études budgétaires et techniques pour l’organisation de ce Grand Prix. Notre position est que nous répondons à leurs sollicitations, quand ils ont besoin d’informations techniques, savoir comment accueillir, quelles sont les installations qu’il faut développer, quel est le budget à envisager, nous répondons également à leurs sollicitations en terme d’infrastructures hôtelière et de capacité d’accueil de manifestions de très grand public, de manière à ce que leur dossier soit le mieux étayé possible quand ils rendront leur rapport et que la décision politique sera prise. Voilà aujourd’hui où l’on en est. Le dossier continu à avancer. Nous travaillons au quotidien avec eux et rien ne laisse à penser qu’une décision a déjà été prise dans un sens ou dans un autre. Il reste encore du travail mais la décision sera clairement prise avant la fin de l’année. Leurs échéances sont aux alentours du 15 décembre.
Malheureusement nous ne sommes pas partie prenante de la prise de décision mais nous serions bien entendu ravi d’accueillir la Formule 1. »

Q : Que répondez-vous aux critiques qui disent que l’accès au circuit est parfois compliqué et peu pratique pour les grandes manifestations, sans autoroute à proximité et avec des embouteillages fréquents ?

« Nous avons fait la démonstration lors des World Series By Renault en accueillant 60 000 visiteurs, un public qui n’est pas très éloigné de celui de la Formule 1. Ce qu’il faut savoir c’est qu’en ambition ou en estimation, nous en sommes à 60 000 ou 80 000 spectateurs. Et nous avons vu sur cette manifestation que l’organisation qui a été mise en place et qui serait sensiblement la même que pour l’accueil de la Formule 1, a été jugé très positivement par les autorités et la préfecture. Nous n’avons pas de soucis de ce côté-là. »

Q : Qu’avez-vous à répondre aux pilotes de Formule 1, comme Jenson Button par exemple, qui jugent le circuit plutôt inintéressant de par son tracé ?

« Vous savez, quand les pilotes gagnent, ils adorent le tracé qu’ils trouvent très technique et pensent que la victoire est liée au pilote. Et quand ils perdent, ils disent que vraiment, ce tracé est nul (sourire). On peut en parler pendant dix ans, selon qui vous verrez, l’avis changera. En plus on parle de 2013…quels pilotes présents en 2011 seront encore présents à cette échéance ? La Formule 1 moderne évolue très rapidement. Nous avons vu que la saison dernière, cela n’avait déjà plus rien à voir avec les précédentes, même si les bons restent les bons. Personne n’a encore décidé d’où serait situé les possibilités de dépassements ou les zones de DRS sur le circuit. Aujourd’hui, on sait que la course se fabrique non seulement par le tracé mais aussi par toutes ces décisions sportives. Nous ne l’avons pas encore évoqué et nous n’avons pas encore décidé de la configuration du tracé, des chicanes, d’une des lignes droites les plus rapide de la saison…Tout est ouvert, ce sont des questions que l’on se pose déjà mais aucune décision n’a été prise, donc personne ne peut dire encore si le tracé sera intéressant ou pas. Lotus-Renault GP et McLaren, viendront rouler pour des essais en 2012, donc ils rouleront avec des voitures modernes sur des configurations de circuit qui leur conviennent. Le circuit a été fabriqué pour la Formule 1 et tout le monde le trouve formidable pour les essais. »

Q : Quelles modifications seraient nécessaires au niveau de la sécurité sur le circuit en cas d’organisation d’un Grand Prix de Formule 1 ?

« En sécurité piste, nous sommes homologué en degrés 1 pour la compétition et tous types de véhicule, il y aurait juste quelques détails à régler de l’ordre de l’habillage. Pour ce qui est de l’accueil du public, il faudra imaginer la mise en place d’équipements complémentaires pour avoir des tribunes numérotés, des voies d’accès au circuit et des systèmes de contrôle, qui ne sont pas présent actuellement mais qui sont rapidement réalisable. Les plans sont déjà effectués. Les visites techniques organisées tendent à prouver que le lieu est largement au dessus de certains autres sites qui accueillent la Formule 1 depuis des années. »

Q : En tant que passionné de sport automobile, quel regard portez-vous sur la saison actuelle de Formule 1 (la domination de Vettel, l’apparition de nouveaux circuits…)?

« Il est évident que Vettel est supérieur, depuis quelques années il monte en puissance et il démontre une nouvelle fois qu’il est un ton au dessus. Je crois que la jeunesse va avoir sa place. J’ai trouvé qu’on avait une belle saison cette année. On s’est moins endormis devant les courses que les saisons précédentes, et finalement, ce qui paraissait comme une usine à gaz, réglementairement parlant (le DRS, le KERS) a finalement fonctionné et de ce côté-là, ils ne se sont pas trompé, le spectacle est revenu. Le « circus F1 » reste le plus beau, c’est incomparable. Après, pour ce qui est des nouveaux circuits, il faut faire attention quand le même architecte s’occuper de la totalité des circuits. Tout finit par se ressembler. Il faut que chaque circuit puisse garder sa personnalité. Il est formidable de faire des Grands Prix à des endroits où on peu financièrement les réaliser, mais le public est rarement au rendez-vous. Les Grand Prix historiques ont leur place. Quand j’ai entendu qu’on voulait supprimer Monaco du calendrier je me suis dis « on devient fou ! ». Mais la logique reprend vite le dessus. Par exemple quand on voit que la course au Bahreïn n’a pas lieu, on se dit finalement que tout cela était un peu artificiel. Mais je pense que la F1 moderne, si on garde des circuits mythiques, continuera d’être intéressante. Moi je rêve de revoir la Formule 1 en France, autant en tant que responsable de circuit qu’en tant que passionné. On m’aurait posé la question il y a trois quatre ans, j’aurais eu plus de doutes. Aujourd’hui l’image d’un Grand Prix Formule 1 est magique pour une région. »

Nul doute que le circuit Paul Ricard est prêt pour accueillir la Formule 1. La compétence et la disponibilité de ces équipes sont des atouts indéniables qui, alliés à un tracé mythique et moderne, pourrait faire le bonheur du petit monde de la Formule 1 dans un avenir proche. Le succès des World Serie By Renault et du récent GT Tour, organisé sur la piste varoise en est la meilleure preuve.

Axel B.

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