Encensé au début de la saison pour ses bonnes performances à répétition, Romain Grosjean est désormais montré du doigt pour son comportement immature en course, et notamment au moment du départ. Bien plus que de savoir si le Français a sa place en Formule 1, une réflexion peut s’engager sur la maturité et l’expérience nécessaire à un pilote pour se présenter sur la grille de départ d’un Grand Prix.

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Toute la misère de Romain Grosjean a commencé lors du Grand Prix de Belgique cette année. Le départ de la course des Ardennes a été le théâtre d’un des départs les plus chaotiques vécu ces dernières années. Mis à part le fait que deux des principaux protagonistes pour le titre de champion du monde aient été mis hors course dès le premier virage, c’est la violence du choc entre la Lotus-Renault de Grosjean et la Ferrari de Fernando Alonso qui a marqué les esprits.

La Formule 1 est un sport dangereux, et ceux qui semblaient l’avoir oublié ont pu se le remémorer à cette occasion. Il s’en est fallu de quelques miraculeux centimètres pour que la tête du double champion du monde espagnol soit épargnée.

C’est à ce titre que la sanction, une suspension pour la course suivante, reçue par Romain Grosjean était justifiée. Elle envoyait un message à l’ensemble des pilotes qui disait : « Vous n’avez pas le droit de mettre la vie des autres en danger sans réfléchir aux conséquences de vos actes, et cela uniquement pour gagner quelques hypothétique places au départ ».

En effet, le départ d’une course et sûrement le moment le plus intense. Les pulsations cardiaques des pilotes sont à leur paroxysme et chacun d’entre eux se retrouvent dans un état de nerf peu commun. A ce niveau de tension, les réflexions doivent se faire à la micro seconde, et les réactions et coups de volants sont plus de l’ordre du réflexe que de la préméditation.

Bien entendu, l’expérience joue un rôle majeur dans l’anticipation du comportement des concurrents qui vous entourent.

Dans le cas de Romain Grosjean, il s’agit d’analyser la situation avec discernement, en mettant de côté le chauvinisme exacerbé de certains mais aussi l’acharnement médiatique qui risque de s’abattre sur le pilote Lotus.

Voilà un pilote de 26 ans, à la tête de sept Grands Prix qui se présente au début de la saison dans une écurie capable de jouer le rôle de troisième force du championnat, aux côtés d’un équipier champion du monde et réputé…versatile. Cependant, le duo a l’air prometteur, même si aucun des deux pilotes ne pouvaient apporter de garanties sur leurs résultats, et ce pour des raisons diverses : Raikkonen pour son absence de deux ans dans la discipline, et Grosjean pour sa relative inexpérience.

Si le début de championnat des deux hommes de Lotus a été tonitruant, force est de constater que le Français a rapidement marqué le pas face à son homologue finlandais au point qu’au soir du Grand Prix du Japon, Kimi possède près du double de point de Romain. Si cette comparaison, à l’allure de problème mathématique, peut être abrupte, elle représente bien le nombre d’occasions ratées par le Français, impliqué dans huit accidents au départ sur quatorze courses. Certes, on ne peut pas le désigner fautif sur la totalité de ces accrochages, mais à force de se retrouver dans les mauvais coups, ses camarades de course en ont fait un coupable idéal.

Eric Boullier, le patron de Lotus, a prit les choses en main dès le retour de Belgique, en parlant à son pilote et en organisant autour de lui un environnement plus propice à un compétiteur de ce niveau. La réaction s’est déjà fait sentir à Singapour où Grosjean a survécu à la pression dans une course sans encombre, démontrant même un bel esprit d’équipe. Mais voilà qu’au Japon, la donne avait changé et, à force d’être trop prudent et de se sentir observé par ses pairs, le Français a replongé dans ses travers d’optimisme et d’attaque à outrance. Certains se posent la question de savoir combien de temps il lui faudra pour comprendre la leçon ? Mais peut être qu’avec une vingtaine de Grand Prix dans les pattes, Romain Grosjean n’a pas encore les armes suffisantes en main pour modifier son comportement ?

Une équipe comme Toro Rosso a très bien compris ce problème et a déterminé qu’il fallait deux saisons à un pilote pour prouver sa valeur. Sébastien Buemi et Jaime Alguersuari l’ont appris à leur dépend et Jean-Eric Vergne et Daniel Ricciardo sont en train d’en faire l’expérience. Le Français et l’Australien, quel que soit leurs résultats et leur comportement, seront reconduis pour une seconde saison décisive dans l’écurie de Faenza. Il faut laisser du temps au temps, et du temps aux pilotes pour parfaire leur expérience, malgré tout ce qu’il peut subvenir.

Si en 1994, personne n’avait laissé sa chance à Mika Hakkinen après sa suspension d’une course suite à un carambolage au départ, la Formule 1 serait passée à côté d’un de ses plus formidables champions.

On ne sait pas si Romain Grosjean sera champion du monde un jour. Mais il est en tout cas trop tôt pour juger un pilote après sa petite vingtaine de Grand Prix et ses trois podiums. Si tel était le cas, alors il faudrait également s’interroger sur la présence de Pastor Maldonnado chez Williams ou Michael Schumacher chez Mercedes, tous deux aussi responsables de grossiers carambolages cette année.

Axel B.

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