Alors que depuis trois saisons, l’écurie Red Bull domine le championnat du monde de Formule 1, l’équipe est la seule représentante autrichienne dans la discipline depuis 1950. Mais l’Autriche a une longue histoire dans ce sport. De nombreux pilotes ont pris le départ de Grand Prix, et beaucoup de succès, mais aussi de drames, se sont noués au fil des courses.

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Licence Creative Commons / Lothar Spurzem

En prenant la peine de se pencher avec un regard attentif sur la présence de l’Autriche dans l’histoire de la Formule 1, on se rend rapidement compte que si cette nation a été de nombreuses fois victorieuse dans la discipline, elle a également connu des moments très difficiles, et a perdu un bon nombre de ses talentueux représentants.

Bien entendu, le pilote emblématique de ce pays et sans conteste Niki Lauda. Le triple champion du monde (1975, 1977 et 1984) est d’ailleurs toujours présent en Formule 1 dans divers rôles, et il est devenu très récemment le directeur non exécutif de Mercedes. Mais l’histoire de Lauda dans la discipline est également marquée par son terrible accident lors du Grand Prix d’Allemagne 1976 sur le circuit du Nurburgring. Le pilote en ressortira miraculeusement vivant, mais durement touché dans sa chair. Son séjour à l’hôpital sera émaillé des plus vives craintes concernant son état de santé et sa vie, à tel point qu’un prêtre viendra même lui administrer les derniers sacrements.  Il prendra alors des allures de survivant, en faisant un retour fracassant pour les quatre derniers Grand Prix de la saison, en contestant le titre jusqu’à la dernière course à James Hunt, malgré ses brulures importantes et une douleur tenace.

Niki Lauda n’a cependant pas été le premier autrichien champion du monde. Son prédécesseur à lui aussi marqué ce sport d’une manière tristement indélébile en devenant le premier et le seul champion du monde à titre posthume. Jochen Rindt, se tuera lors du Grand Prix d’Italie 1970, laissant derrière lui une promesse faite à sa femme et son manager, Bernie Ecclestone, disant qu’il arrêterait sa carrière une fois le titre remporté. La fatalité en a voulu autrement.

Mais ces deux grands champions au destin tragique ont cependant fait naitre des vocations chez leurs compatriotes. Car, en effet, durant les années 70, suite aux succès de Rindt et Lauda, plusieurs pilotes autrichiens tels que Dieter Quester, Hans Binder, Harald Herlt, Helmut Koinigg ou encore Helmut Marko ont tenté leurs chances, soit uniquement pour leur Grand Prix national, soit pour un peu plus, mais sans réellement marquer l’histoire de la discipline. Mais il y a eu également parmi eux d’autres drames. Koinigg se tuera lors du Grand Prix des Etats-Unis en 1974, Herlt, qui avait secouru Lauda sur le Nurburgring après son accident, décédera dans un crash d’avion à seulement 33 ans et Marko verra sa carrière sportive avortée après avoir perdu un œil lors du Grand Prix de France 1972. Mais ce dernier restera néanmoins proche de la Formule 1, et il est actuellement l’homme de confiance de Dietrich Mateschitz et un des artisans du succès de Red Bull dans la discipline.

Dans les années 80, une nouvelle génération verra le jour, mais elle sera aussi endeuillée. Jo Gatner, pourtant promis à un bel avenir, se tuera lors des 24h du Mans en 1986, sans avoir eu le temps de confirmer ses belles aptitudes en monoplace entrevues lors de la saison 1984 au volant d’une Osella.

Gerhard Berger émerge alors et, avec son style caractéristique autant sur la piste qu’en dehors, parviendra à fréquenter les plus grandes écuries comme Ferrari, McLaren ou Benetton, en remportant quelques succès d’estime et en étant souvent dans les six premiers au classement du championnat du monde. Cet ami proche d’Ayrton Senna est cependant passé près de la catastrophe en sortant violemment de la piste à Imola, lors du Grand Prix de St Marin, en 1989. Superficiellement brûlé, le fantasque et rigolard Gerhard verra son approche de la course fondamentalement changée après cet accident. Il restera cependant le seul représentant de son pays pendant de nombreuses années, jusqu’à ce qu’une nouvelle génération éclose au milieu des années 90.

Mais là aussi, le deuil viendra noircir le tableau. Roland Ratzenberger ouvrira de la manière la plus horrible possible le week-end le plus noir de la discipline. Le 30 avril 1994, le pilote autrichien qui participe, seulement, sur la piste d’Imola, à son deuxième Grand Prix, percute un mur à plus de 300 km/h et perd la vie. Ce drame en appellera un autre, le lendemain, avec Ayrton Senna comme acteur principal. La Formule est en deuil, et L’Autriche paye un lourd tribut à ce sport. D’autant plus qu’une semaine plus tard, c’est le jeune Karl Wendlinger, issus de la même promotion qu’un certain Michael Schumacher, qui sortira de la piste à Monaco et verra sa prometteuse carrière interrompu par ce terrible accident dont il se sortira sans séquelles graves après quelques jours de coma.

Depuis, la fatalité semble avoir épargné les pilotes autrichiens, mais la réussite n’est guère au rendez-vous. En 1997, c’est le sympathique Alexander Wurz qui se fait remarquer en montant sur le podium du Grand Prix d’Angleterre, alors qu’il remplace Berger retenu chez lui pour des problèmes de santé. A la suite de Wurz, qui fera une carrière honnête entrecoupée par quelques pauses, Patrick Friesacher et Christian Klien tenterons également leurs chances, mais sans arriver à la hauteur de leurs glorieux prédécesseurs.

A l’heure ou le Grand Prix d’Autriche pourrait bien faire son retour dans le calendrier de la Formule 1, seule Red Bull représente son pays dans la discipline reine du sport automobile. Du haut de ses 146 Grands Prix, 34 victoires et 3 titres mondiaux, elle arrive à faire oublier qu’aucun pilote autrichien n’est actuellement en Formule 1, et que la relève de Rindt et Lauda semble difficile à prendre.

Axel B.

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