Sous ce titre légèrement provocateur, il n’y a pas de doute sur le sujet abordé dans cette chronique. La récente nouvelle de l’attribution des droits de retransmission télévisuelle de la Formule 1 en France va être au cœur du débat. L’accès à la passion de nombre d’entre nous ne sera plus gratuit. Après le football, voici donc le plus médiatique des sports automobiles qui devient taxé ! Au final, c’est une bonne nouvelle pour qui ?

Licence Creative Commons / John O' Nolan
Licence Creative Commons / John O’ Nolan

Après vingt ans de, plus ou moins bons, loyaux services, TF1 ne diffusera plus la Formule 1 en direct en France. C’est la chaine privée et payante, Canal +, qui adopte d’un bébé qui pèse pas loin de 30 millions d’euros par an.

Depuis cette annonce, les critiques vont bon train sur la qualité de retransmission de la première chaine française au fil des années. Le public, qui reprochait inlassablement les trop nombreuses coupures publicitaires durant les Grands Prix, ou qui critiquait avec véhémence la pauvreté des commentaires des journalistes de la chaine, doit être soulagé d’apprendre cette nouvelle…sans savoir tout de même à quoi s’attendre pour la suite. Il est vrai, que même les commentateurs de TF1, Jean-Louis Moncet en tête, y sont allés de leurs petites phrases assassines pour dire tout ce qu’ils avaient sur le cœur depuis bon nombre d’années.

Le téléspectateur quant à lui est le plus directement touché par cette nouvelle. Sans s’arrêter sur la qualité de retransmission ou de commentaire des journalistes, le constat est simple : il va falloir payer pour regarder un Grand Prix pendant, au minimum, les trois prochaines années !

En ces temps de crises financières qui n’en finissent plus, les promoteurs des disciplines sont à la recherche des meilleurs financements possibles, en mettant de côté tous les aspects de représentation, retransmission, qualité et accessibilité du public.

En schématisant et vulgarisant à l’extrême, Canal + offrait plus d’argent que TF1, ce qui leur à valu d’empocher sans mal les droits de retransmission de la discipline. En Italie et en Grande Bretagne, ce système de retransmissions payantes est déjà en vigueur, et il semblait devenir inéluctable en France. Il est aujourd’hui réel.

Le visionnage du sport à la télévision tend donc à devenir un luxe auquel certains passionnés, parmi les moins chanceux, pour ne pas dire fortuné, n’auront plus accès. Ceci ne concerne pas uniquement la Formule 1, car depuis plusieurs années, le football par exemple doit aussi subir cette loi. Et encore plus depuis que la chaine qatari beIn Sport a racheté les droits de retransmission de la Ligue des Champion, seule compétition internationale d’envergure qui était encore en vue gratuitement sur…TF1. Mais même dans cette discipline au combien médiatique et populaire, la multitude des matches et des compétions fait que certains d’entres eux sont encore diffusés sur des chaines gratuites et généralistes. Il n’est pas rare non plus que les autres matches de championnats ou de Ligue des Champions soient diffusés dans des bars, restaurants ou tout autre lieu dans lesquels le public se rejoint en masse pour vivre ensemble sa passion.

Ce populisme, dans le sens noble du terme, fait cruellement défaut à la Formule 1, qui s’obstine à se refermer sur elle-même. La culture du partage ne fait pas parti de son monde, où le secret se cultive comme un bien précieux.

Si Bernie Ecclestone tend à choisir ce mode de fonctionnement pour les pays européen, on pourrait penser que sa logique suit celle d’une internationalisation de la discipline au dépend de l’Europe, négligée autant dans le calendrier que sur le plan médiatique. A ce petit jeu là, « tonton Bernie » pourrait bien perdre une frange entièrement de spectateurs historiques, lassée par les difficultés d’accès de leur sport favori. A vous de trouver les gagnants dans cette histoire…mais ce ne sont certainement ni la discipline et son image, ni le public et peut être encore moins les écuries et sponsors qui risque auront une visibilité à l’écran réduite en nombre de téléspectateur.

La couverture de l’événement par Canal + sera à coup sûr de qualité. Premièrement, la chaine est habituée à retransmettre les grands événements sportifs, et elle possède un contingent important et qualifié de journalistes spécialisés. D’autre part, si elle ne veut pas voir fuir ses abonnés (et notamment ceux qui auront rejoint la chaine uniquement pour suivre les courses) elle va devoir se montrer à la hauteur, en étant à la fois précise et innovante.

Un défi qui coûte 30 millions d’euros par an à la chaine, et une trentaine d’euros par mois à ses abonnés…Le groupe Canal réalise cependant un chiffre d’affaire de près de 4 milliards d’euros par an, données révélées fin 2012. Des montants qui pourraient en affoler plus d’un, mais qui ont certainement séduits Bernie Ecclestone à l’heure de son choix.

Axel B.

Publicités