« No fun, my baby, no fun » hurlaient Iggy Pop et ses Stooges en 1969…voilà une chanson qui colle à la peau de la Formule 1 actuellement. Et on ne parle pas là de l’ennui généré par l’archi-domination de Vettel mais plutôt des instances dirigeantes de la discipline qui sanctionnent à tout va des gestes et des situations qu’elles jugent indécentes ou dangereuses alors le public s’en amuse.

(c) DR
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Aseptisée. Voilà le qualificatif qui convient le mieux à la Formule 1 aujourd’hui. Dernier exemple en date, et non des moindres, la sanction infligée à Mark Webber au soir du Grand Prix de Singapour. L’Australien malchanceux une fois de plus, a du abandonner sa Red Bull en flamme dans le dernier tour de course suite à un problème mécanique. Se retrouvant à pieds sur le bord de la piste, son ami Fernando Alonso a décidé de la raccompagner, au volant de sa Ferrari, jusqu’aux stands. Une image forte et séduisante, surtout en connaissant les liens qui unissent les deux pilotes et en sachant que le grand Mark ne serait plus là l’année prochaine.

Il y a d’ailleurs eu quelques précédents récents, d’un pilote raccompagnant un de ses adversaires sur le dos de sa monoplace. Et notamment ce même Webber qui avait raccompagné…Alonso à son stand à la fin du Grand Prix d’Allemagne 2011 alors que l’Espagnol était en panne d’essence après l’arrivée…On se souvient aussi de la première et seule victoire de Jean Alesi lors du Grand Prix du Canada en 1995. Alors pilote Ferrari, l’Avignonnais était tombé en panne d’essence juste après avoir franchi la ligné d’arrivée en vainqueur. C’est Michael Schumacher le croisant en bord de piste, qui ramènera l’infortuné  Alesi à califourchon sur la Benetton de l’Allemand, sans savoir que, quelques mois plus tard, ils échangeront leur baquet respectif. Deux ans plus tard, Schumacher fera de même avec Giancarlo Fisichella au Grand Prix d’Allemagne, alors qu’un pneumatique de la Jordan du pilote italien avait explosé lorsqu’il se trouvait en tête de la course.

En 2001, c’est Mika Hakkinen, dans sa dernière année de présence en Formule 1, qui jouera de malchance lors du Grand Prix d’Espagne. Alors en tête, son embrayage lui fait défaut à quelques mètres de l’arrivée le forçant à mettre pied à terre. Il sera raccompagné aux stands par son équipier chez McLaren, David Coulthard, laissant Michael Schumacher et sa Ferrari grimper sur la première marche du podium.

Ce dimanche, Mark Webber nous a donc offert un tour d’honneur original qui restera sûrement comme une des images les plus marquantes de cette saison. Mais malgré cela, les commissaires ont décidé de sanctionner l’Australien d’un blâme, le troisième cette saison pour le pilote Red Bull, ce qui est synonyme, selon le règlement, d’une sanction de dix places sur la grille de départ du prochain Grand Prix, en Corée du Sud.

Aseptisée donc, pas de le droit au moindre écart, à un peu de folie, à du spectacle…la Formule 1 était déjà un grand cirque ordonné et quasi-impénétrable, elle en deviendrait presque risible et inintéressante car trop calculée et ne laissant plus de place à l’imprévu, qui est pourtant souvent porteur d’intérêt. Même les podiums sont devenus froids et rigides. Les drapeaux nationaux flottants au vent et représentants les nations des trois premiers de la course ont été remplacées par des panneaux électriques donnant d’air à des panneaux publicitaires. Plus d’anarchie non plus dans la montée des marches des pilotes qui sont présentés dans l’ordre décroissant des arrivées ; sans parler de la mini-conférence de presse qui s’ensuit avec une personnalité choisie…bref, on en viendrait presque à regretter les erreurs historiques des podiums d’antan comme lors de cette victoire surprise de Jacques Laffite au Grand Prix de Suède en 1977 lors de laquelle la Marseillaise ne retentira pas, les organisateurs n’ayant pas prévu l’éventualité d’une victoire française lors de la course…

Mark Webber paiera donc « sa folie » d’avoir enfin pu rouler en Formule 1 avec une Ferrari, lui que l’on disait proche d’un accord l’année dernière pour remplacer Felipe Massa, et devra nous gratifier d’une des remontées dont il a le secret en Corée, dans deux semaines, pour venger cet affront ridicule qu’on lui impose.

Axel B.

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