Il est plutôt rare de nos jours de voir un pilote dicter sa propre politique. A l’époque où la plupart d’entre eux payent leur volant et se voient dans l’obligation de se faire bien voir par leur équipe, Kimi Raïkkönen est un ovni. Un de ces pilotes à l’ancienne qui ose encore.

Licence Creative Commons / Antigorky,
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Ce n’est plus un secret, la relation entre Lotus et Kimi Raïkkönen s’est fortement dégradée depuis que le Finlandais a annoncé son départ pour Ferrari. Mais plus encore que ce sentiment de trahison, ce sont les raisons médiatiquement avancées par le champion du monde 2007 qui ont agacé au plus haut point les dirigeants de l’équipe, Eric Boullier en tête.

En effet, le Finlandais s’est clairement ouvert à la presse sur ses problèmes de salaires non versés depuis le début de l’année par son employeur. Selon lui, son rapprochement avec Ferrari n’aurait un aspect que financier, et non sportif.

Avec ces déclarations, le Finlandais fait d’une pierre deux coups. Il assassine d’abord Lotus en pointant du doigt ses problèmes de trésorerie qu’elle aurait bien aimé garder secret, et il en profite pour dire à Ferrari, qui l’avait éjecté en 2009 pour laisser place nette à Fernando Alonso, qu’il se joint à l’équipe uniquement car il veut être payer, et non par sentimentalisme. La froideur du « Flyin’ Finn » apparaît une fois de plus et surtout, sans laisser transparaître une quelconque hypocrisie, pourtant apanage de beaucoup de ses camarades de jeu.

Aussi, depuis deux Grands Prix, et pour bien faire comprendre son mécontentement à Lotus, il ne participe plus aux interviews du jeudi, exercice qu’il déteste par-dessus tout. La question se posait même à Abu Dhabi de savoir s’il allait participer ou non à la course. Ayant visiblement reçu des garantis sur ses paiements, Kimi accepta donc de courir les trois dernières courses de son contrat avec l’équipe. Mais cela semblait un petit peu facile pour un pilote rebelle qui n’avait visiblement plus l’envie ni la motivation de partager quoi que ce soit avec une équipe qui l’avait profondément déçu, surtout après l’incident verbal avec Alan Permane en Inde. Ses dernières performances prouvaient bien d’ailleurs que le Finlandais n’était pas à 100% de ses capacités.

Son problème de dos révélé au grand jour à Singapour, mais qui datent d’une sortie de piste au volant d’une Sauber en 2001, allaient donc être la porte de sortie qu’attendaient le pilote et son manager, Steve Roberston, pour se défaire de l’emprise de Lotus. Une opération chirurgicale programmée dans le plus grand secret, et annoncée tardivement à son équipe, va donc permettre à Raïkkönen de prendre congé plus rapidement que prévu cette année. Sa lutte pour la troisième place du championnat ne lui tire guère soucis, d’autant plus que s’il ne l’obtient pas, il pourra se soustraire à la remise des prix de la FIA en fin d’année, chose qu’il aurait bien aimé faire la saison passée dernière mais sans en avoir la possibilité…

Cette fuite permet surtout d’amplifier le « mythe Raïkkönen », qui se veut un digne descendant de son idole, James Hunt, pour qui la course, bien qu’abordée de manière sérieuse, restait aussi un moyen de vivre sa vie de la manière dont il le voulait.

Il y a peu de pilotes dans l’histoire de la Formule 1 qui ont tenté un tel affront envers leur équipe. Le plus célèbre et le plus osé a sûrement été Niki Lauda, qui une fois le titre mondial remporté avec Ferrari en 1977 lors du Grand Prix des Etats-Unis Est, ne participa pas aux deux courses restantes, affrontant de ce fait l’imposant Enzo Ferrari, qui en voudra pour toujours à l’Autrichien pour cette trahison. Kimi Raïkkönen s’est peu être inspiré de son ainé dans cet acte d’insoumission, renforçant par là même son image de « bad boy » et redonnant des couleurs à une Formule 1 de plus en plus aseptisée.

Axel B.

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