Le 11 février 2014, John Surtees a fêté ses 80 ans. L’occasion de revenir sur la carrière atypique d’un homme qui a su relever les plus grands défis du sport mécanique et qui n’a pas été épargné par les drames.

Licence Creative Commons / Pot, Harry / Anefo
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La particularité la plus connue de John Surtees est d’avoir été champion du monde de moto et de Formule 1. Il n’est pas rare que des pilotes soient très performants dans plusieurs catégories automobiles, mais passer avec succès des deux aux quatre roues est un exploit inédit à ce jour dans la discipline reine.

C’est à l’âge de 17 ans que l’Anglais débute sa carrière moto en 500cm³ et il ne lui faudra guère de temps pour remporter sa première victoire, un an plus tard, en 1952. Il gravit peu à peu les échelons de la discipline pour conquérir son premier titre de champion en 1956 dans la catégorie des 350cm³. Entre 1958 et 1960, le natif de Tatsfield s’adjugera six autres titres et signera une série impressionnante de 35 podiums en autant de courses, dont 32 victoires.
C’est sur cette incroyable domination que Surtees va décider de passer à la course automobile, jugeant qu’il n’avait plus grand chose à prouver sur deux roues. Et c’est avec Lotus qu’il décide de faire le grand saut, en 1960, en participant conjointement à son dernier championnat moto.

Après un bref apprentissage en F2 qui le rassura sur son aptitude derrière un volant, il participe à son premier Grand Prix sur le difficile circuit de Monaco. Il se qualifiera à une modeste 15ème place avant de devoir abandonner en course suite à un problème mécanique. Mais dès sa seconde participation, chez lui à Silverstone, il va monter pour la première fois sur un podium en décrochant la deuxième place derrière l’intouchable Jack Brabham. Il frôlera même la victoire la course suivante au Portugal après avoir réalisé la pole position et se verra de ce fait affublé du statut de pilote le plus prometteur de sa génération.

Malgré cela, il fera le choix étonnant de participer à la saison 1961 au volant d’une modeste Cooper et ne réalisera pas d’exploit avec seulement 4 points marqués et une douzième place finale au championnat. Il s’engagera avec Lola l’année suivante, et ce choix lui sera profitable puisqu’il sera en pole position pour le Grand Prix inaugural de la saison aux Pays-Bas. Un podium en Grande Bretagne et une série de cinq arrivées dans les points ne lui permettront cependant pas de faire mieux qu’une quatrième place au championnat alors que sa saison semblait plus prometteuse.

Le déclic va intervenir avec son transfert chez Ferrari. Repéré par Il Commendatore, Enzo Ferrari, lui-même, Surtees va connaitre sa première victoire sur le difficile et terrifiant circuit du Nürbürgring, mais de trop nombreuses casses mécaniques l’empêcheront une nouvelle fois de se battre pour le titre. Sa seconde saison avec la Scuderia sera bien plus fructueuse et avec deux pole positions et deux victoires (en Allemagne et en Italie), il va devenir champion du monde lors d’un dernier Grand Prix dantesque au Mexique où, bien aidé par son équipier Lorenzo Bandini et par la casse moteur de Jim Clark, il terminera second pour coiffer la couronne.

Il gagnera ensuite deux autres courses avec Ferrari et Cooper avant de participer à la grande aventure de Honda en Formule 1. Il sera même le premier pilote à donner une victoire au constructeur japonais en 1968 lors du Grand Prix d’Italie. Il terminera sa carrière à l’orée des années 70 aux volants de BRM et McLaren avant de créer sa propre équipe, comme son contemporain Jack Brabham, avec laquelle il courra quelques courses entre 1970 et 1972 sans plus jamais remporter de victoires ni même monter sur un podium.

Sa carrière de patron d’équipe sera cependant bien moins florissante. Avec des moyens financiers très limités et une succession de mauvais choix dans la conception de ses monoplaces, les Surtees, toutes motorisées par Cosworth, n’arriveront jamais à remporter une victoire. Seuls deux podiums sont à mettre à l’actif de l’écurie grâce à Mike Hailwood et Carlos Pace en 1972 et 1973. Une quarantaine de pilotes se succéderont derrière le volant en huit ans, dont Vittorio Brambilla, Alan Jones, Jochen Mass ou John Watson pour les plus connus. L’équipe ne sera pas épargnée non plus par les drames. Helmutt Koinigg se tuera à la fin de la saison 1974, à Watkins Glen, au volant de la TS16 à une époque ou les accidents mortels étaient monnaie courante.

Après cette série d’échecs, John Surtees décidera de tirer le rideau à la fin de l’année 1978 pour se consacrer à d’autres activités. Il participera ponctuellement à des courses rétro aux volants de voitures de collection et aidera son fils, Henry, à progresser dans sa carrière en sport automobile. Malheureusement, le 19 juillet 2009, alors qu’il participe à une course de Formule 2 sur le circuit de Brands Hatch, Henry est percuté à la tête par une roue qui s’est détachée de la monoplace d’un de ses concurrents suite à une sortie de piste. Inanimé sur le circuit, le jeune homme de 18 ans décédera des suites de ses blessures une heure plus tard à l’hôpital.

Si John Surtees avait réussi à survivre à une période où la course automobile était mortelle, l’ironie du destin a voulu que son fils trouve la mort a une époque où de phénoménaux progrès de sécurité ont été faits. Son accident – en plus de celui de Felipe Massa, au Hungaroring, quelques jours auparavant – aura cependant permis de renforcer la vigilance sur les problèmes de détachement des pneumatiques.

John Surtees, marqué durement par cet épisode douloureux de sa vie, continuera à militer malgré tout pour promouvoir l’automobile et les sports mécaniques qui ont fait de lui une véritable légende. En novembre 2009, il deviendra même le premier pilote à traverser le Tunnel sous la Manche au volant d’une voiture de course, une Ginetta spécialement préparée pour fêter les 15 ans de l’ouvrage franco-britannique. Avec Jack Brabham, il fait également partie des champions du monde les plus anciens encore en vie.

Axel B.

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