Il faut croire que la chaleur étouffante du circuit de Sepang est propice aux affrontements entre équipiers. Après les duels fratricides entre Sebastian Vettel et Mark Webber puis Lewis Hamilton et Nico Rosberg l’an passé, c’est au tour de Felipe Massa et Valtteri Bottas cette saison de faire parler d’eux avec des consignes d’équipe contestables.

(c) Lat
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Le sang chaud de Felipe Massa a dû se glacer subitement en fin de course lors du Grand Prix de Malaisie alors qu’il a entendu son ingénieur à la radio lui souffler une phrase qui l’a longtemps hantée chez Ferrari : « Valtteri est plus rapide que toi. »

Certes, le Fernando Alonso de l’époque rouge s’est muté en Valtteri Bottas chez Williams, mais l’émotion a dû être la même pour le Brésilien qui a cette fois refusé de jouer les faire-valoir de son jeune et inexpérimenté coéquipier.
Tous les pilotes le savent, la comparaison des talents et des performances se fait avant tout entre équipiers. Il était impensable pour Massa, après une premier Grand Prix d’Australie raté, de laisser passer sa chance en Malaisie de prouver qu’il était le pilote sur qui Williams pouvait et devait compter.

Pourtant, au sein de l’écurie britannique, l’histoire a maintes fois prouvé que les deux pilotes n’étaient pas sur un pied d’égalité. Frank Williams avait pour habitude d’avoir son petit préféré, ce qui lui a valu quelques victoires et sûrement aussi quelques titres en moins. Les luttes intestines entre Alan Jones et Carlos Reutemann ou encore Nigel Mansell et Nelson Piquet ont laissé des traces dans l’aventure de Williams en Formule 1. Après cela, les seconds pilotes clairement identifiés tels que David Coulthard ou Heinz-Harald Frentzen ont été gentiment muselés au profit des futurs champions du monde comme Damon Hill ou Jacques Villeneuve.

Aujourd’hui, Frank n’est plus au bout du micro pour donner les directives en piste, mais sa fille, Claire, semble vouloir tout de même garder l’esprit familial. Une telle communication radio imposée à Massa alors que la saison vient à peine d’être entamée, nous fait légitimement penser aux heures les plus sombres, tactiquement parlant, de la Scuderia Ferrari.
Depuis plusieurs années, les consignes d’équipe ne sont plus interdites. La FIA s’est bien rendu compte que cela ne servait à rien d’imposer une telle règle puisque les écuries, toujours les plus malignes, arrivaient quand même à passer des messages codés, connus uniquement des pilotes, pour imposer leur choix. Cette pratique est d’ailleurs toujours d’actualité comme l’a prouvé l’affaire du « Multi 21 » l’an passé chez Red Bull, peut être par souci d’afficher une image de marque plus sportive, ce qui a été un véritable fiasco pour l’équipe autrichienne.

Est-ce que cela veut donc dire que Williams aurait déjà choisi de privilégier Bottas à Massa cette année ? Le Finlandais, relativement inexpérimenté et pas franchement impressionnant l’an passé, possède le seul atout d’être le plus ancien pilote au sein de l’équipe. Il a réalisé une course solide à Melbourne, malgré une petite erreur, pour décrocher les premiers points de l’équipe en 2014. Massa, harponné au premier virage n’avait pas pu défendre ses chances. Difficile donc de trouver une raison valable et logique pour commencer à faire des choix entre les pilotes d’une même écurie à ce stade de la saison. La configuration de la course à Sepang ne répond pas non plus à cette interrogation. Massa s’était qualifié devant son équipier le samedi, mais en fond de grille, et les deux pilotes ont fait une remontée impressionnante dans les points durant la course jusqu’à ce fameux tour où, le Brésilien, bloqué derrière la McLaren de Jenson Button, a reçu cet ordre. Son équipier finlandais se jugeait plus rapide et apte à dépasser son rival britannique, mais personne ne saura finalement s’il en aurait été capable ou pas.

Felipe Massa a donc décidé de son propre chef d’ignorer cette consigne, et on ne saurait le blâmer au vu de son histoire dans la discipline et au nom de la beauté du sport et de la compétition. Il s’est également affranchi de son image de porteur d’eau et a prouvé par la même qu’il avait tiré les enseignements de ses expériences passées. Reste à savoir si ce choix va impacter sa position au sein de Williams et surtout s’il ne va pas envenimer sa relation avec Bottas, surtout après les échanges fleuris entendu à la radio en début de course entre les deux hommes.

Pareille mésaventure avait déjà eu lieu pour le Finlandais face à son équipier Pastor Maldonado l’an passé, mais la fuite du Vénézuélien vers d’autres cieux avait coupé court à un possible affrontement. Là, les deux pilotes vont devoir passer tout le reste de la saison côte à côte, avec une monoplace visiblement compétitive. De quoi donner des sueurs froides à Claire Williams durant quelques mois.

Axel B.

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