Le résultat et la fin de course de Jean-Eric Vergne en a surpris plus d’un le week-end dernier à Singapour. Sauf l’intéressé lui-même, qui a pu enfin démontrer tout son talent, malgré les nombreuses péripéties d’un Grand Prix compliqué. Cela valait bien une missive adressée au pilote français.

 

Licence Creative Commons / Thesupermat
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Cher Jean-Eric,

Cette semaine, ma chronique prend un tournant épistolaire car je ne vois pas d’autre manière pour t’avouer mon admiration mais aussi mon étonnement, suite à ta course nocturne à Singapour le week-end dernier.

On te disait abattu, déçu, fatigué, depuis l’annonce de ta non reconduction chez Toro Rosso pour l’année prochaine. Tu n’avais pourtant pas pu t’en étonner, connaissant bien la maison autrichienne. Déjà, il avait paru miraculeux que Marko et Mateschitz te laissent conduire une saison de plus ton rêve derrière le volant d’une monoplace flanquée du taureau rouge.

Ta non-titularisation chez Red Bull, au profit de Daniel Ricciardo, aurait dû sonner le glas de ta présence dans la grande famille autrichienne, mais il avait semblé que les grands pontes avaient encore confiance en toi et qu’ils n’avaient pas oublié quel grand espoir tu représentais pour la Formule 1 et pour leur marque.

Cette année, tu voulais te montrer digne de leur confiance renouvelée, en espérant secrètement que Daniel l’Australien se casse la figure aux côtés de Sebastian Vettel, quadruple champion du monde en titre. Mais ce fut plutôt Ricciardo qui joua habillement de l’uppercut pour terrasser l’Allemand, enfonçant en même temps le maigre espoir que tu avais de le remplacer en cours d’année, si toutefois…

Tu as cependant abordé cette nouvelle saison avec de bonnes résolutions adoptées cet hiver. Fini le pilote râleur et ronchon accusant la malchance ou sa mécanique de trahir son talent. Tu as laissé la place à un homme besogneux, qui tente de sortir le positif de toutes situations, même les plus mauvaises, et tu en as connu ton lot cette année.

Ton début de saison a été chaotique, enchaînant les résultats probants et les déconvenues accablantes, mais tu as toujours tenu à faire bonne figure, et continué à travailler tête baissée, pendant que ton jeune équipier russe récoltait les faveurs de ses employeurs et de la presse. Il faut bien dire aussi, que le petit Kvyat t’a mené la vie dure et que tu as eu du mal à étouffer son talent. On a fini par se demander si finalement, tu n’étais pas un peu en train d’accuser le coup. Ton remplacement en 2015 a pu en choquer quelques un mais plus pour l’affront qu’il représente de te voir remplacé par un gamin de 16 ans que par sa logique sportive.

A Singapour, le week-end dernier, il semblait que tu allais vivre encore un moment difficile. Après avoir honnêtement concédé une erreur en qualification, preuve s’il en fallait encore une de ta nouvelle maturité, tu es parti le couteau entre les dents dans une des courses les plus difficiles de la saison. Malgré deux pénalités, tu égales alors le meilleur résultat de ta carrière avec une sixième place acquise avec la manière. Une fin de course tonitruante qui a mis en abyme la multitude d’occasions ratées depuis le début de ta présence en Formule 1.

Pourquoi ne pas avoir eu ce sursaut d’orgueil avant ? Pourquoi ne pas avoir dévoilé ce comportement de guerrier plus tôt ? Des questions auxquelles tu pourrais apporter une multitude de réponses toutes aussi logiques et valables les unes que les autres ; mais cela n’est plus le problème désormais. Maintenant, il te reste cinq Grands Prix pour prouver que tu es le pilote talentueux et spectaculaire que tu nous as dévoilé sur le circuit de Marina Bay. Cinq Grands Prix pour te faire une place au pinacle du sport automobile, que tu mérites amplement après ce que tu nous as démontré le week-end dernier.

Axel B.

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