En 2015, Adrian Sutil ne sera vraisemblablement pas sur les grilles de départ des Grands Prix de Formule 1, une première depuis 2012 et son fâcheux incident judiciaire. Aura-t-il encore une nouvelle chance de retour dans les années à venir ?

(c) Licence Creative Commons / Mark McArdle
(c) Licence Creative Commons / Mark McArdle

Adrian Sutil est un pilote atypique, et pourtant, son profil d’espoir déchu est monnaie courante en Formule 1. Surfant sur la vague des pilotes allemands qui a déferlé sur la discipline après les multiples sacres de Michael Schumacher, Sutil est arrivé en Formule 1 avec un statut de futur grand, à l’instar de Nico Rosberg, un an plus tôt, ou de Nico Hulkenberg la même année que lui.

Mais si les deux derniers ont eu la chance de débarquer au sein d’une équipe Williams leur permettant de démontrer leur talent, Sutil a dû se contenter d’arriver par la petite porte, dans le baquet d’une Spyker, ex-Midland, ex-Jordan et future Force India. Autant dire que, avant de tomber dans les mains du magnat indien Vijay Mallya, l’équipe était loin d’être un modèle de stabilité et donc de performance.

Malgré tout, Sutil se permet quelques coups d’éclats comme à Monaco, qui deviendra son circuit fétiche, où il réalise au nez et à la barbe des cadors le meilleurs temps de la séance d’essais du samedi matin, sous une pluie abondante. C’est encore la pluie qui lui permettra de marquer son premier point la même année, au Japon, sur le circuit du Mont Fuji, et d’inscrire ainsi le nom de Spyker sur les tablettes de la Formule 1.

Conservé par Force India en 2008, l’Allemand y connaîtra un peu de stabilité puisqu’il passera quatre saisons complètes au sein de l’équipe. Malgré un nouveau coup d’éclat à Monaco où il tiendra pendant un moment la quatrième place avant de se faire percuter par la Ferrari de Kimi Raikkonen, juste derrière lui, Sutil se fait dominer par le vétéran italien Giancarlo Fisichella, habitué aux monoplaces rétives dont il arrive à tirer la quintessence.

L’année suivante, l’Italien monopolisera encore le devant de la scène chez Force India en réalisant la première (et seule à ce jour) pole position de l’écurie en Belgique sur le circuit de Spa-Francorchamps. En finissant deuxième de la course, Fisichella sera le premier pilote à faire grimper l’équipe indienne sur le podium et ce résultat inattendu éclipsera le probant résultat de Sutil lors du Grand Prix suivant, en Italie, où l’Allemand, s’élançant deuxième sur la grille, parviendra à décrocher la quatrième place en course.

Mais les saisons 2010 et 2011 n’arriveront pas à confirmer le talent entrevu chez le natif de Starnberg. Au cours de cette dernière, il sera même impliqué dans une altercation avec Eric Lux, alors propriétaire de l’équipe Lotus, dans une boite de nuit, alors qu’il était accompagné de son ami Lewis Hamilton. Si cette mésaventure ne l’empêchera pas de finir la saison dans un relatif anonymat, elle aura des répercussions autrement plus importantes sur sa vie privée et sur la suite de sa carrière.

En effet, reconnu coupable de coups et blessures, Sutil écopera d’une condamnation de 200 000€ d’amende et de dix-huit mois de prison avec sursis. Profondément marqué par cet épisode, l’Allemand perdra coup à coup sa place au sein de Force India et son amitié avec Hamilton dont il lui a reproché le fait de ne pas l’avoir réellement défendu et mis hors de cause.

Après une année blanche, Sutil fait son retour chez Force India en 2013, contre toute attente, en barrant la probable titularisation de Jules Bianchi au sein de l’équipe indienne. Si le premier Grand Prix, en Australie, sera le cadre de sa renaissance avec ses premiers tours de roues en tête d’une course de Formule 1, le reste de la saison sera plutôt décevant, ce qui poussera Mallya a ne pas le conserver pour l’année suivante, lui préférant un prometteur Nico Hulkenberg qui a finit la saison en flèche avec une écurie Sauber moribonde.

L’écurie suisse sera d’ailleurs le point de chute de Sutil en 2014, qui pensait avoir flairé le bon coup en rejoignant une équipe motorisée par Ferrari. Malheureusement, cette année, c’est avec un bloc hybride Mercedes qu’il fallait être. Las du manque de moyens financiers et techniques de Sauber, l’Allemand traînera sa misère tout le long de la saison sans réussir une seule fois à accrocher un point. Loin du rôle de leader que l’équipe voulait lui confier, le pilote se verra remplacer en 2015 alors qu’un contrat semblait le lier avec l’écurie pour plusieurs mois encore.

Le nom de Sutil circule encore pour faire démarrer le nouveau projet de Gene Haas qui va faire son entrée dans la discipline en 2016. L’équipe américaine se verrait bien confier le développement de sa première monoplace à un pilote d’expérience et l’Allemand pourrait être cet homme. Une nouvelle chance, peut être, de pouvoir enfin prouver son talent maintes fois annoncé mais encore trop peu constaté. Sinon, il ne lui restera plus qu’à jouer les virtuoses derrière un piano, sa première passion, héritée de ses parents, musiciens professionnels.

Axel B.

Publicités